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Contrôle des capitaux à Chypre: les précédents argentin et islandais

Chypre est sur le point de faire une expérience financière sans précédent: imposer un strict contrôle sur les transferts de capitaux dans une économie qui ne possède pas sa propre monnaie.

Par le passé, des pays comme l’Argentine et l’Islande ont mis en place des mesures similaires dans le cadre d’une dévaluation de leur monnaie. Dans le cas de Chypre, un contrôle strict des capitaux est nettement plus compliqué car l’argent quittant le système bancaire de l’île le fait sans perdre de sa valeur du fait de l’existence de l’Union Monétaire.

Le gouvernement chypriote a annoncé que cette mesure devrait être levée dans quelques semaines mais les précédents historiques laissent plutôt sceptiques quant à la durée de ce contrôle. Lorsque des pays d’Asie ou d’Amérique Latine ont agi de cette manière, les contrôles ont subsisté entre six mois et deux ans. L’Islande, dont le système bancaire s’est effondré en 2008, maintient encore de nos jours un contrôle des capitaux. Soit cinq ans après.

En imposant ce contrôle, le gouvernement cherche essentiellement à éviter que l’argent russe déposé dans les banques locales, qui représente environ un quart du montant total des dépôts, soit environ 31 milliards de dollars selon Moody’s, ne fuit à l’étranger pour éviter notamment l’imposition d’une taxe sur les dépôts à partir de 100 000 euros. Reuters, dans un communiqué publié en début de semaine, a déjà fait valoir qu’une partie de l’argent russe, en dépit de la fermeture des banques, est parvenu à quitter l’île grâce à des succursales à Londres qui ont effectué les transferts vers l’Europe de l’Est et notamment la Lettonie.

Le processus de mise en place de ce contrôle sur les capitaux devra être particulièrement agressif pour que l’opération soit couronnée de succès. Le parlement a déjà octroyé de grands pouvoirs à la banque centrale qui a la possibilité de limiter le montant de retraits journalier, l’ouverture de nouveaux comptes ou encore les transferts d’argent au sein des différentes succursales d’une même banque.

Les conséquences néfastes d’un contrôle des capitaux en Islande

L’exemple le plus récent historiquement de l’imposition d’un contrôle des capitaux nous vient du Nord avec l’Islande. Après l’éclatement de la bulle immobilière et l’effondrement du système bancaire, un contrôle a été mis en place, à l’origine pour une durée très courte. Cinq ans après, ils sont toujours en vigueur.

L’objectif de ces contrôles était de permettre la stabilisation de la couronne islandaise qui avait été dévaluée très fortement. Cependant, ces mesures ont eu un impact particulièrement négatif sur l’économie, en décourageant les investisseurs étrangers de placer leurs capitaux dans le pays et en rendant plus difficile pour les entreprises locales la vente de leurs obligations hors du pays. En 2013, le montant d’IDE en Islande reste ainsi toujours inférieur de 25% au montant d’avant la crise.

Pour que l’opération réussisse à Chypre, il faudra certainement imposer des restrictions encore plus importantes. En effet, dans le cas Islandais, le gouvernement permettait aux exportateurs et importateurs locaux d’être exemptés des restrictions s’appliquant sur la conversion de la couronne tant que l’échange avait un objectif purement commercial. A Chypre, il y a fort à craindre que les entreprises russes basées dans l’île utilisent subtilement un tel dispositif, s’il était mis en place, pour permettre à l’argent de quitter le pays.

L’abandon par Chypre de l’euro suivant le modèle argentin

La situation de Chypre est également assez proche de celle de l’Argentine qui a imposé en 2001 des restrictions sur les retraits bancaires après le défaut de paiement du pays. Quelques mois plus tard, l’indexation du peso argentin au dollar américain fut abandonnée et le gouvernement a imposé des pertes sur tous les dépôts bancaires en dollars américains à un taux de change défavorable.

Etre membre de l’Union Monétaire est assez proche du système d’ancrage d’une devise par rapport à une autre. Quand une monnaie est sur-évaluée à cause de l’inflation, les pays abandonnent le régime de taux de change fixe et dévaluent, comme ce fut le cas de l’Argentine. Chypre pourrait procéder de la même manière avec une récession qui pourrait entraîner selon certaines projections une baisse du PIB d’au moins 20% sur cinq ans.

Avec un euro sur-évalué, Chypre n’apparait pas compétitif dans le domaine du tourisme, sa seule activité économique susceptible d’apporter des devises maintenant que le système bancaire est quasiment mort à cause de l’imposition d’un contrôle des capitaux. Se repose ainsi la question de savoir s’il est désormais dans l’intérêt de Chypre de rester avec l’euro.

 

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