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Draghi et Carney: Ce qu’il faut retenir de leur dernier discours

La crise de 2007 a totalement modifié la manière qu’ont les banquiers centraux de gérer les taux et, par ce biais, l’évolution de l’économie. On est loin de l’époque où les décisions se prenaient en petit comité et les marchés financiers n’avaient plus qu’à intégrer dans les prix les changements éventuels, sans plus d’informations sur ce qui va suivre.

Mais la crise de 2007 a ouvert la période du forward guidance qui est un terme d’abord utilisé pour définir le changement de paradigme de la politique monétaire américaine mais qui peut avec aisance s’appliquer aussi à celle menée outre-Manche et dans la zone euro. En témoignent les deux derniers discours des gouverneurs Carney et Draghi qui ont distillé de précieuses données aux investisseurs sur la stratégie à venir.

Au Royaume-Uni, le gouverneur Carney a mis abruptement un terme aux rumeurs de relèvement prochain des taux dans la foulée d’indicateurs macroéconomiques meilleurs que prévu. Tant que ces anticipations des cambistes ne se traduisent pas par une hausse des taux au niveau des crédits immobiliers et des crédits aux entreprises, la Banque d’Angleterre (BoE) n’a aucune raison de changer le niveau du taux directeur.

Le gouverneur a également ajouté que le niveau du taux de chômage, avec la cible de 7%, n’est qu’une partie de l’équation puisqu’il ne faut pas non plus oublier l’inflation, à la base du mandat de la banque centrale. En juillet, elle a atteint 2.8% ce qui reste bien au-dessus de l’objectif de 2%. En d’autres termes, le gouverneur Carney a soufflé le chaud et le froid, rejetant à plus tard une hausse des taux mais celle-ci pourrait survenir plus rapidement si le contexte évolue défavorablement. Pour l’instant, la livre sterling demeure bien orientée et profite notamment des déboires du dollar américain qui est en repli généralisé en cette rentrée.

Du côté de la BCE, le gouverneur Draghi n’a manifestement aucune envie de bousculer son agenda et va maintenir les taux bas aussi longtemps que nécessaire. Il faut reconnaître que le contexte dans la zone euro est très différent de celui outre-Manche avec des situations par pays qui divergent beaucoup en dépit de la restauration de la bonne transmission de la politique monétaire à l’ensemble du bloc. Les données économiques restent mauvaises, qu’on parle de données brutes ou de sondages.

Par ailleurs, la BCE reste toutefois attentive aux réactions des marchés aux mesures non conventionnelles et a réaffirmé qu’elle interviendra si des mouvements non souhaités de grande ampleur se produisent. Pour l’instant, il est assez difficile de savoir ce que le gouverneur entendait exactement par cela mais une chose est certaine, la hausse des taux est aussi prématurée dans l’euroland.

Pour la monnaie unique, le renforcement face au dollar est bien marqué en cette rentrée mais elle fait face désormais à d’importantes résistances techniques qui ont limité sa progression au cours des dernières années. L’évolution économique reste enfin fragile et un retour plus violent à la baisse pour l’euro n’est pas exclu, en direction de 1.28 voire 1.27.
 

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