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La baisse du yen va-t-elle précipiter la chute de l’économie allemande?

Depuis le mois de novembre 2012, le yen japonais a fait la Une de l’actualité du marché des changes presque quotidiennement. Semaines après semaines, la devise s’est affaiblie perdant plus de 20% de sa valeur face à l’euro et au dollar américain. Les responsables de la politique monétaire japonaise, au coeur de ce processus d’affaiblissement, ont cependant reçu une quasi-approbation mondiale. Une nouvelle fois lors du dernier G20 Finances d’ailleurs.

Cette politique monétaire agressive, qui entre selon les plus critiques dans le cadre d’une guerre des changes, a une influence réelle sur les partenaires commerciaux de l’archipel, spécialement sur la première économie de la zone euro, l’Allemagne, dont la croissance est  essentiellement la conséquence des performances de son industrie exportatrice.

En effet, le succès économique allemand repose en grande partie sur son industrie exportatrice qui reste extrêmement compétitive au niveau mondial. On considère en général qu’elle contribue à hauteur de 50% au PIB total. Cependant, la baisse importante du yen au cours des derniers mois a évidemment remis en cause au niveau du commerce international la compétitivité des exportations allemandes. De fait, il est fort probable que les entreprises manufacturières allemandes vont devoir baisser les prix afin d’avoir une chance de pouvoir jouer dans la même cour que leurs concurrents japonais.

En raison de son importante contribution au sauvetage des pays périphériques de la zone euro, on pourrait croire que l’Allemagne possède un certain levier sur la politique monétaire de la BCE. Elle pourrait être tentée d’inciter à recourir davantage à la planche à billets dans l’espoir de baisser la valeur de l’euro, ce qui serait au passage une bonne nouvelle pour les économies ibériques.

Cependant, la BCE, bien que prête à innover, n’est pas disposée à faire du quantitative easing comme la FED ou la BoJ. On peut aussi craindre que les craintes de l’hyper-inflation en Allemagne demeurent suffisamment prégnantes pour limiter tout recours excessif à des mesures non conventionnelles. On avance toutefois, prudemment, l’hypothèse d’une baisse des taux directeurs comme l’a annoncé la semaine dernière le chef de la Bundesbank au cours d’une intervention à condition que la situation économique de l’Union Monétaire continue de se dégrader, ce qui semble malheureusement le cas au regard des dernières statistiques. 

La situation actuelle sur le marché des changes et au niveau du commerce international pourrait inciter l’Allemagne, qui commence par ailleurs aussi à être frappée par la crise économique de l’euroland, à chercher à développer davantage la demande intérieure pour pallier ses pertes de marché face au Japon notamment. D’autres pays le font, pour de multiples raisons, comme la Chine par exemple. Après la cure Schröder, le fameux “Agenda 2010”, Berlin pourrait avoir à remonter les salaires pour garder sa place économique mondiale, une option qui n’est pourtant pas encore favorisée par l’actuelle chancelière alors que la campagne électorale commence à peine. Des économistes pourtant soulignent la nécessité pour l’Allemagne de redynamiser son marché intérieur. C’est en filigrane le message envoyé par le G20 la semaine dernière lorsqu’il a plaidé pour que Berlin amorce un vaste plan de relance. 

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