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La BCE va-t-elle passer à la puissance supérieure?

La BCE a à peine baissé ses taux de 25 points de pourcentage qu’on évoque déjà la possibilité de nouvelles mesures pour faire face aux mauvaises perspectives économiques dans l’eurozone.

Lors de sa conférence de presse jeudi dernier, Mario Draghi a laissé entendre que pour la première fois le taux de dépôt au jour le jour pourrait être négatif. Une telle mesure aurait pour effet immédiat d’inciter les banques à prêter aux agents économiques plutôt qu’à laisser leurs capitaux auprès de la BCE.

Cependant, hier, à Rome, l’Italien a semblé changer son fusil d’épaule. Entre-temps, Ewald Nowotny, membre du conseil des gouverneurs en tant que banquier central pour l’Autriche, a fait entendre son désaccord en affirmant que l’idée de taux d’intérêt négatifs n’était “pas une option pertinente dans un futur proche”. De fait, il ne fut plus question hier de taux négatifs mais bien d’une nouvelle baisse des taux directeurs. Du moins, c’est ainsi que le marché des changes a interprété les propos du chef de la BCE qui a rappelé que son institution se tient prêt à agir.

Afin de corroborer cette hypothèse, les cambistes ont pu compter sur les propos d’un membre du directoire de la BCE, le français Benoît Coeuré, qui a déclaré samedi dernier que l’actuelle baisse des taux directeurs pourrait ne pas être suffisante en cas d’aggravation de la récession sur le Vieux-Contient.

C’est malheureusement ce qui se passe, puisque Bruxelles a revu il y a quelques jours ses prévisions à la baisse, et la BCE pourrait faire de même prochainement.

Le marché des changes n’a pas tardé à réagir en vendant l’euro qui a ainsi brutalement chuté hier face au dollar mais qui a tenu bon grâce à son support technique le plus proche.

Depuis le début de la crise, la BCE a usé de tous les moyens de politique monétaire, souvent en ayant recours à des mesures non conventionnelles, pour éviter le pire. Fourniture de liquidités à taux fixe lors des opérations d’open-market afin de répondre à toute la demande, accords de swaps avec notamment la FED pour le financement en dollars des banques européennes, achats fermes de titres de créances pour soulager le marché obligataire ou encore dernièrement, le programme OMT qui est certainement le plus connu.

Cependant, comme le rappelle de plus en plus souvent Mario Draghi, la BCE apparait bien démunie face à la récession actuelle. En effet, son action, inévitablement limitée par les traités, ne peut que se concentrer sur la relance du crédit via l’intermédiation bancaire. Cependant, cette relance n’aura pas lieu efficacement si les perspectives économiques sont moroses et que les agents économiques ne souhaitent pas contracter des prêts. Comme l’a martelé Mario Draghi hier, la balle est dans le camp des politiques européens. “Des initiatives nationales, qui ont déjà été testées dans certains pays, pourraient être efficaces avec la participation de gouvernements, de banques publiques et d’agences de développement” a-t-il ainsi confessé.

Alors qu’un adoucissement du processus de consolidation budgétaire semble unanimement accepté en Europe, y compris de plus en plus en Allemagne, les politiques doivent maintenant trouver la voie de la relance sans quoi l’action efficace de la BCE aura été vaine.
 

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