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La crise du dollar: revanche des libertariens et des thèses de Ron Paul

Depuis 2008 et la crise financière mondiale, le monde entier a réalisé qu’une crise de confiance envers le dollar était possible. Si cette crise n’est pas encore arrivée, nombreux sont les experts qui la prédisent comme imminentes. Cette crise, selon l’avis de tous, devrait résulter d’une crise obligataire américaine, les Etats-Unis n’ayant plus la confiance de leurs créanciers pour rembourser leurs dettes astronomiques. Même l’ancien président de la Fed, Alan Greenspan s’est rangé à ces thèses.

La récente mise sous perspective négative du triple « A » de la dette des Etats-Unis par l’agence de notation Standard & Poor’s fut une piqure de rappel à Washington afin d’inciter l’administration américaine à réellement prendre les mesures qui s’imposent afin d’assainir les finances publiques. Cependant, comme l’a si justement fait remarquer l’économiste en chef du FMI, pour l’instant, le Président Obama ne possède pas de plan crédible apte à rassurer les marchés. Il compte sur des jeux de rhétorique pour tenter de rassurer mais cette position ne sera pas tenable au-delà de 2012.

En campagne pour les présidentielles, le président américain aurait tort d’imposer aux américains une cure d’austérité, surtout s’il compte remporter l’élection. S’attaquer aux hauts revenus est donc le seul moyen envisagé par les démocrates afin de conserver les voix de leur électorat traditionnel tout en essayant de donner des gages d’action aux marchés. Au final, le président Obama brasse beaucoup d’air pour pas grand chose.

Imaginons-nous en 2012. Obama ou n’importe quel autre candidat (Sarah Palin, Gary Johnson ou encore Mitt Ronney) a été élu. Il y a toutes les chances pour que le déficit américain tourne toujours autour de 1600 milliards de dollars, voire qu’il ait augmenté. L’économie aura certainement redémarré mais les Etats-Unis auront déjà perdu du terrain face à leur concurrent chinois et se débatteront avec un déficit ingérable, une perte de confiance dans le dollar liée et, dans le pire des cas, une hausse de l’inflation qui aura été mal prise en considération par la Fed.

Ainsi, le bilan des années Obama pourrait être, rétrospectivement, nettement pire pour les Etats-Unis que celui des années Bush.

C’est dès maintenant qu’il faut agir. Etonnament, un petit parti américain pourrait profiter de la nouvelle donne, aux côtés du mouvement des Tea Party qui, entré au Congrès, peine à faire entendre sa voix désormais. Présenté comme l’héritier de l’idéologie des Pères Fondateurs, le Parti Libertarien américain s’est depui de nombreuses années positionner contre une économie mondiale centrée sur le dollar, en tant que valeur refuge.

Deux de ses thèses principales en matière économique pourraient favoriser un engouement pour le parti, dont les idées sont incarnées auprès du grand public par le représentant du Texas Ron Paul.

Le retour d’un système monétaire international basé sur l’étalon-or

C’est la proposition qui pourrait avoir un grand echo au cours de la prochaine présidentielle. Dès le début des années 80, les libertariens, et surtout Ron Paul avec son livre « Gold, Peace and Prosperity, The Birth of a new currency », ont plaidé en faveur du rétablissement d’un système basé sur l’étalon-or. Certains libertariens plaident pour la mise en place d’un panier reposant sur l’or mais aussi sur d’autres métaux précieux comme l’argent dont les prix n’ont cessé de grimper au cours des dernières années sur les marchés financiers.

Réimprimé en 2007 à l’occasion des présidentielles américaines de 2008, le livre de Ron Paul n’a pas eu l’echo escompté puisqu’aucun autre candidat n’avait remis en question le système monétaire international. En 2012, du fait de la remise en cause du dollar en tant que monnaie de réserve internationale et de la pression pour mettre en place un panier de devises remplaçant l’hégémonie du dollar, le thème pourrait avoir plus d’emprise auprès de l’opinion, bien que Ron Paul ne se soit pas encore déclaré candidat.

La suppression de la Réserve Fédérale américaine

C’est l’une des principales revendications du Parti Libertarien. Considéré comme une création de l’Etat Fédéral et des banquiers, la Fed est décriée depuis sa création en 1913 par les libertariens et, depuis peu, par le mouvement Tea Party. La récente crise économique a notamment constitué un argument de poid afin de délégitimer l’action de la banque centrale américaine, l’accusant justement de favoriser les crises au lieu de les prévenir. Le livre de chevet des libertariens en la matière est certainement l’oeuvre d’Eustace Mullins, « Les secrets de la Réserve Fédérale ».

Critiquant la Fed, les libertariens ne sont toutefois pas très clairs quant au rôle de l’institution qui devrait la remplacer. Toutefois, il s’agirait certainement d’une banque centrale au rôle minimaliste qui aurait pour tâche l’impression et la circulation de la monnaie, sans s’occuper de la réglementation bancaire ou financière.

Bien que leurs propositions soient assez pauvres en matière économique, les libertariens étant pour l’abolition des principales contraintes et réglementations, elles pourraient avoir, en raison du contexte international, un écho lors des prochaines échéances électorales américaines. Ce qui surprend surtout, c’est que les thèses principales des libertariens, exposées brièvement ci-dessus, sont devenues des réalités.

Depuis sa création, les libertariens contestent la Fed et c’est aujourd’hui que les autres partis, notamment certains républicains, se réapproprient ce thème pour le placer au coeur du débat politique.

Similairement, près de 30 ans avant la remise en cause internationale du dollar en tant que devise de réserve, les libertariens avaient plaidé pour un autre système monétaire, qui a ses défauts, mais qui n’est pas basé sur la confiance en une devise dont le gouvernement recourt à la planche à billet afin de continuer à vivre à crédit. Un tel système, sur la durée, est insoutenable et c’est bien ce qu’avaient compris les libertariens dès les années 80.

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