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La revue écofin du 3 février 2012

Les éléments clefs
 

– Le Portugal a besoin d’une intervention immédiate.
– LVMH, un résultat peut en cacher un autre…
 

L’analyse du jour
 

Le Portugal a besoin d’une intervention immédiate.
 
Les négociations autour de la restructuration de la dette grecque ont largement éclipsé les difficultés d’un autre pays du sud de l’Europe, le Portugal. Pourtant, les manifestations contre le plan d’austérité auquel il est soumis continuent.
 
Jeudi 2 février, les transports publics urbains étaient paralysés pour la troisième fois depuis le mois de novembre. Syndicats et travailleurs protestent contre la suppression d’emplois publics et la baisse des salaires imposées par le gouvernement portugais dans le cadre de la restructuration des entreprises nationales du secteur des transports dont la dette accumulée s’élevait fin 2010 à près de 17 milliards d’euros, soit près de 10 % du PIB national.
 
De plus, ce plan d’austérité prévoit une ambitieuse réforme du marché du travail, qui supprime entre autres quatre jours fériés et trois jours de congés payés, et assoupplit les horaires de travail. S’ajoutent à cela une hausse des impôts et une baisse du salaire minimum.
 
Tout comme en Grèce, ces mesures radicales conditionnent l’obtention de l’aide exceptionnelle de 78 milliards d’euros dont bénéficie le Portugal, dans le cadre d’un plan de sauvetage européen.
L’objectif : empêcher à tout prix le pays de se retrouver dans la même situation qu’Athènes, dont le défaut de paiement pourrait intervenir fin mars, si les négociations en cours avec les créanciers n’aboutissaient pas à temps.
 
Augmentation inquiétante des CDS
 
Or, le risque d’un défaut portugais se fait de plus en plus menaçant. Signe que ce scénario est sérieusement envisagé par les investisseurs, les taux d’emprunts à court terme sont plus élevés que ceux à long terme, qui ont eux-même pourtant fortement augmenté.
 
Lundi, le rendement de l’emprunt portugais à dix ans s’inscrivait à 17.20 % – soit plus de dix points de pourcentage au-dessus du niveau généralement présenté comme intenable – alors que celui sur la dette à deux ans ressortait à 20.875 %. Rappelons que du fait de sa fragilité, les bons du Trésor portugais ont été “bannis” des marchés, au moins jusqu’en 2013.
 
Plus alarmant encore, le coût d’une assurance contre un défaut (CDS) portugais est monté en flèche depuis la dégradation de la note du pays, relégué, mi-janvier, dans la catégorie des fonds dits “spéculatifs” (“junk”). Le manque de confiance des investisseurs est tel que les banques exigent désormais que les CDS soient réglés comptant, ce qui n’est d’ordinaire pas l’usage. A ce prix, la dette portugaise est, juste derrière la grecque, celle qui coûte le plus cher à garantir.
 
Le fait que le prix des CDS augmente est très inquiétant car c’est un phénomène auto réalisateur sur les marchés : dans l’économie réelle, si vous payez votre assurance auto plus chère, cela ne veut pas dire que vous avez plus de chances d’avoir un accident, alors que sur les marchés financiers, il y a une relation de parité entre la prime d’assurance et le taux d’intérêt auquel emprunte le pays. Dans le cas du Portugal, cela veut dire que le risque de défaut est plus élevé“, s’alarme Anne-Laure Delatte, économiste à la Rouen Business School.
 
“Il faut casser la spirale négative”
 
Pour autant, les risques pesant sur la dette portugaise sont difficilement comparables à ceux qui minent la Grèce, car l’endettement du Portugal est bien moindre. Sa dette publique en est le meilleur exemple puisqu’elle représente 101.7 % du PIB, quand Athènes cherche à ramener la sienne à 120 % du PIB d’ici à 2020, et ce après restructuration de sa dette. Mieux encore, le déficit public du Portugal devrait atteindre 4;5 % du PIB fin 2011, soit un taux bien en deçà de ce que Lisbonne s’était fixé comme objectif.
 
Et c’est justement la raison pour laquelle il faut agir tout de suite. Il faut casser la spirale négative dans laquelle le Portugal est enfermé, car plus le paiement des intérêts augmente, plus sa dette augmente, donc il faut agir le plus rapidement possible pour ne pas reproduire l’erreur faite en Grèce, où on a laissé la situation s’aggraver pendant plus d’un an avant de réagir.
 
Il faudrait que la Banque centrale européenne et le Fonds européen de stabilité financière se substituent de manière plus importante aux investisseurs et prêtent directement au Portugal, à des taux moins élevés. D’ailleurs, le rendement de l’emprunt portugais à dix ans ayant dépassé 17 % cette semaine, la BCE s’est vu contrainte d’intervenir pour acheter de la dette portugaise sur le marché secondaire.
 
Si cela ne suffit pas, il faudra alors rapidement envisager une restructuration de la dette portugaise. Cela ne signifie pas forcément un défaut, mais plutôt, dans un premier temps, l’allongement de la maturité de la dette.
 
La situation est préoccupante, donc, mais une intervention rapide de la zone euro pourrait largement limiter la casse et éviter une redite du casse-tête grec, qui n’en finit plus de mobiliser acteurs du public et du privé et qui n’a, pour le moment, toujours pas trouvé d’issue.
 

LVMH, un résultat peut en cacher un autre…
 

Rien ne se ressemble plus que deux résultats annuels de LVMH. Exercice après exercice, le leader mondial du luxe délivre avec la régularité d’un métronome des bénéfices en croissance exponentielle. Au point de confondre la progression de l’an passé avec celle de l’exercice précédent. Le groupe s’y est lui-même laissé prendre, jeudi 2 février: croyant envoyer le communiqué de presse des résultats 2011, il a publié par inadvertance ceux de 2010, avant de rectifier rapidement.
 
Même croissance à deux chiffres des ventes (+16%), même hausse impressionnante de la rentabilité (+22%): sans une attention particulière, il était difficile de distinguer le millésime 2011 du précédent, qui était du même tonneau. Une fausse note dans un univers de perfection, qui finalement rassure: LVMH n’est pas un groupe extraterrestre.
 
Car pour le reste, c’est un sans-faute. Bluffant pour les uns, agaçant pour les autres. Tsunami, inondation ou crises financière, rien ne parvient à enrayer l’engrenage des bénéfices. La rentabilité progresse partout, à des rythmes surnaturels: Cognac Hennessy, Dom Pérignon et Veuve Clicquot coulent à flot (+18%), mode et maroquinerie battent tous les records (+20%), parfums et cosmétiques ne connaissent pas la crise (+5%), la distribution sélective (Sephora, DFS) cartonne (+34%), les montres et les bijoux, enfin, se vendent comme des petits pains (+107%)!
 
Quant à la marque phare du groupe, Louis Vuitton, qui assure plus d’un tiers des ventes du groupe et plus de la moitié de la rentabilité, c’est un nouveau record, comme l’année précédente et l’année d’avant encore. Chez Vuitton, on a le sentiment que les arbres peuvent grimper au ciel.
 
Est-ce pour cela que Bernard Arnault s’est transformé en Saint-Bernard, en offrant un futur aux couturières de Lejaby? Curieux destin pour ces ouvrières traumatisées, qui travaillaient jusqu’à présent dans l’angoisse de la mondialisation et qui désormais vont en vivre.
 
Un sauvetage cousu de fil blanc persiflent les mauvaises langues, mais seul le résultat compte: Yssingeaux aura du boulot, embarquée qu’est la commune sur le long fleuve tranquille des résultats de LMVH, qui se suivent et se ressemblent.
 
Et pour la suite ? «LVMH aborde 2012 avec confiance et se fixe à nouveau comme objectif de renforcer son avance sur le marché mondial du luxe.» Bref, début 2013, la vigilance sera de mise pour ne pas confondre 2012 avec 2011.
 

Scénario du jour
 

Aujourd’hui aux Etats-Unis à 14h30 est prévu le taux d’emploi agricole attendu a 200K personnes au lieu de 150k précédemment.
 
En même temps sera annoncé le taux de chômage qui devrait rester à 8.5%
 
La parité EUR/USD a validé hier un retour au dessus 1.31 et resteste actuellement la résistance située à 1.32. Nous maintenons notre sentiment haussier pour la paire.

 

Par William Durandet

 

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