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L’argent, nerf de la guerre

Le marché des changes connaît deux évènements majeurs depuis quelques mois. Outre la faiblesse quasi récurrente du dollar, notamment face à la devise européenne, le yuan ou renminbi connaît record sur record face au dollar.

Les réunions du G8 se suivent mais ne se ressemblent pas. Au contraire, depuis de nombreuses années, la plupart des réunions du G8 se terminent sur le même bilan : un appel récurrent et appuyé pour une réévaluation du yuan. Pékin, conscient que la politique, c’est donner des gages de bonne volonté, aussi insignifiants soient-ils, consent quelques fois, à céder et à effectuer une légère réévaluation de sa devise. Pour 2005, elle fut de 2%, soit une réévaluation bien faible quand on pense que le yuan est artificiellement sous-évalué par la Banque Populaire de Chine d’au moins 15% selon les estimations les plus basses. Certaines estimations vont jusqu’à prétendre que le yuan est sous-évalué d’environ 30%.

Peu importe l’exactitude des chiffres puisque tout le monde s’accorde sur la réalité de la situation. Bien sûr, à un tel niveau, le yuan dope largement les exportations chinoises, secteur dont la croissance est vitale pour un pays émergent de la superficie de la Chine. Afin d’alimenter son industrie tournée vers les exportations, dont les Etats-Unis sont particulièrement dépendants, la Chine consomme. Elle consomme même beaucoup. Toutes les matières premières avec une préférence pour le pétrole.

Alors, évidemment, la Chine n’est pas spécialement disposée à interférer dans la crise du Darfour alors que le Soudan lui vend du pétrole à bon marché. De même, en dépit de son influence potentielle, la Chine n’est pas enthousiasmée par des sanctions contre l’Iran, qui menace régulièrement Israël de destruction massive. C’est pourquoi, l’ambassadeur de Chine au Conseil de Sécurité de l’ONU s’évertue grâce à son droit de veto à bloquer autant que possible les résolutions contraignantes contre le régime de Téhéran.

Quoi de mieux pour l’Iran qu’un tel soutien ! De quoi assurer le développement de ses infrastructures nucléaires, officiellement à des fins civiles, sous le regard bienveillant du client chinois qui inonde de yuans son voisin contre un peu de pétrole nécessaire à son développement économique.

Tout cela sous le regard bienveillant de Washington qui, du fait de sa dépendance économique vis-à-vis de la Chine, comme le reflète les réserves importantes de dollars dans les coffres de la Banque Populaire de Chine, est totalement incapable d’empêcher ces transactions.

Que faire entre temps ? Laisser baisser le taux de change du dollar afin de rééquilibrer la paire USD/CNY ? C’est une solution. Sans vouloir tomber dans les théories vaporeuses du complot, nul ne peut nier, en dépit des appels de bonne volonté du président Bush et d’Henry Paulson à l’intention de leurs partenaires de la zone euro, que la chute du dollar est tout à l’avantage des Etats-Unis. Les exportations sont dopées, la paire USD/CNY se rééquilibre réduisant par la même le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis, autrement dit la dépendance chinoise des Etats-Unis.

Outre ces effets, la faiblesse de la devise américaine est l’une des causes de la flambée des prix du pétrole. Devant faire face à cette flambée, en dépit de relations amicales avec les moutons noirs des Etats-Unis, la Chine connaît un ralentissement de son économie, certes moindre qu’outre-atlantique ou en Europe, mais qui plombe néanmoins sa croissance.

Certes, la spéculation règne telle une maîtresse jalouse sur le marché des changes mais elle n’est pas seule dans la partie. Les intérêts des Etats apparaissent dans la pénombre : volonté de sauvegarder sa suprématie pour les Etats-Unis, ambition chinoise et recherche du rapport de force pour d’autres, tout cela influe aussi grandement sur les devises.

Spéculer, c’est se placer sur le court terme, très souvent sur l’intra-day. Cependant, c’est aussi savoir déceler les tendances de long terme. Dans ce cas, il faut s’intéresser aux intérêts des Etats qui prévalent toujours.

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