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Le point sur la situation économique et financière à Chypre

Si les mécanismes de la crise financière grecque semblent acquis, il n’est pas certain que la situation qui secoue Chypre, île voisine, soit totalement claire. L’archipel méditerranéen doit lui aussi, en raison de ses liens avec la Grèce, affronter des difficultés financières. Petites considérations élémentaires: 
L’économie chypriote repose principalement sur un secteur tertiaire qui participe à deux tiers du PIB et emploie la majeure partie de la population active. Le tourisme (15% du PIB) représente aux côtés du transport maritime, de l’immobilier et des services financiers une des principales industries de l’archipel. Enfin, les avantages fiscaux ont contribué au développement économique rapide du territoire, favorisant notamment l’implantation de brokers forex.




Répercussions de la crise grecque sur l’île de Chypre

C’est par le secteur financier que vont arriver les dégâts. La finance, c’est 20% du PIB chypriote.
 Il y a 10 ans, deux grandes institutions bancaires, la Bank of Cyprus et la Laiki Bank investissent massivement en Grèce, séduites par l’entrée du pays voisin dans la zone euro d’une part et par ses crédits en plein développement d’autre part. Les emprunts de la Grèce s’élèvent à 23 milliards d’euros ce qui rend la Laiki Bank dépendante de son voisin à 42% et la Bank of Cyprus à 34%. Ensuite, les titres grecs, comme nous le savons tous, ont perdu 75% de leur valeur ce qui a mis l’île dans une situation financière des plus délicates.

Les agences de notation ont alors dégradé la note souveraine de l’île, de BB+ à BB-. C’est ce qui l’a rendue prisonnière d’un cercle vicieux lui interdisant d’emprunter sur les marchés internationaux. Cette érosion reflète une nécessité substantielle de recapitaliser les banques.

D’un autre côté, il faut savoir que Chypre dépend fortement de la santé économique des pays étrangers. La petite superficie de l’ile l’oblige à importer massivement pour assurer l’équilibre de sa balance commerciale et les exportations restent capitales pour son économie. Plus de 50% de son commerce extérieur est effectué avec l’UE. Ses principaux partenaires commerciaux sont le Royaume-Uni, et la Grèce qui la fragilise aujourd’hui. 

La conjoncture économique de la Grèce est une des difficultés du redressement chypriote et il est incertain à court terme qu’elle puisse prendre son indépendance économique de cette Grèce menacée de faillite.


Accord de demande d’aide financière


Le 25 juin, Chypre a demandé l’aide financière de la zone euro pour remettre à flot son secteur bancaire et le 2 juillet, les ministres des Finances de la zone euro ont annoncés avoir accepté la demande qui sera versée par le FESF ou le MES dès que son montant aura été établi. Pour le moment elle est estimée à 10 milliards d’euros (soit plus de la moitié du PIB de 17 milliards d’euros!).

La semaine dernière, la troïka examinait les comptes publics de l’île. Elle devrait y retourner dans les prochaines semaines pour poursuivre son évaluation et nous donner plus de précisions sur les montants nécessaires pour renflouer ces banques détentrices d’obligations grecques. Ce qui est certain c’est que la République chypriote doit débourser au moins 2.3 milliards d’euros pour aider ses banques.

Et ce n’est pas tout! En plus de l’assistance du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, Nicosie a appelé la Russie à lui venir en aide. Les russes détiennent environ 25% des dépôts bancaires à Chypre. Les défaillances du système les touchent directement.


La situation actuelle du pays est attribuable au secteur financier, c’est un fait. Mais la recapitalisation des banques va aggraver les finances publiques et de nouvelles mesures d’austérité vont apparaitre. Les citoyens chypriotes souffrent déjà d’un taux de chômage qui dépasse aujourd’hui les 10%, ce qui est surprenant pour un pays récemment proche du plein emploi. La situation relate l’ampleur de la crise à Chypre.

La catastrophe financière soulève des interrogations sur les mesures à prendre pour l’avenir économique de ce 5e pays à solliciter l’aide de l’UE. 

Le gouvernement a misé sur un redressement rapide de l’UE. Sa prévision était erronée. La recapitalisation des banques espagnoles a redonné espoir au peuple chypriote. Certains ne cachent pas leurs craintes des mesures d’austérité qui accompagnent cette aide tant attendue. 
En contrepartie de l’aide financière attribuée à Chypre, l’Eurozone fait pression pour la mise en place d’ajustements budgétaires. Ils devraient s’accompagner de réformes structurelles pour renforcer le secteur financier.

La Commission européenne attend de Chypre une libéralisation de son marché du travail pour faciliter le retour vers l’emploi. Elle continue d’insister sur la mise en œuvre de réformes plus profondes. Mais quelles peuvent être ces nouvelles réformes sachant les nombreux efforts déjà consenti et le fait que le pays ne changera certainement, à l’instar de l’Irlande, jamais son taux d’imposition sur les sociétés parmi les plus attractifs dans l’UE. 
La banque centrale de Chypre aurait peut être une solution. Elle encourage le gouvernement à établir un programme des plus ambitieux, qui protégera la croissance économique sans affliger au peuple de nouvelles mesures trop sévères. Malheureusement aucun programme précis n’a été avancé et pour le moment, le pays reste dans l’attente de l’évaluation de la troïka. Une attente qui se fait sentir à l’approche des élections de 2013 car on s’inquiète désormais d’un désaccord entre partis qui menacerait les réformes et la réduction du déficit budgétaire.

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