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Le shadow banking constitue-t-il toujours une menace pour l’Europe?

Le shadow banking, traduisez “finance de l’ombre”, regroupe l’ensemble des opérations financières qui ne sont pas passées par des acteurs classiques du système bancaire. Selon le Conseil de stabilité financière (CSF), il s’agit d’un “système d’intermédiation du crédit impliquant des entités et activités se trouvant potentiellement à l’extérieur du système bancaire”. Ces pratiques se situent donc en dehors de la portée de la règlementation en vigueur dans le milieu financier et échappent ainsi au contrôle des autorités financières. La plupart du temps, ces activités incluent des hedges funds, des banques d’affaires ou certaines firmes de capital-investissement.

Après la crise de 2008, le système bancaire était au cœur de tous les débats. On découvrait alors un monde complexe, opaque et pas assez surveillé. C’est à ce moment que l’on prend en considération la véritable mesure du phénomène de la finance parallèle. Ce système permet aux investisseurs d’avoir accès à différentes sources de financement et joue un rôle très important dans l’économie moderne. Mais en l’absence de règles précises, un tel système présente un véritable risque.

Parmi les activités concernant le shadow banking, on peut distinguer la titrisation, l’acceptation de dépôts, le transfert de risques ou encore les opérations de pensions. Il faut noter que ces pratiques ont parfois été encouragées puisque la titrisation a été vue comme un moyen innovant de financement, et réducteur de risque à travers sa distribution dans la population. Toutefois, des risques sont bien entendu inhérents à ce type d’activités. On a déjà pu le constater avec la crise des subprimes où le manque d’informations a fait perdre toute réalité aux titres. Les activités de ce système bancaire parallèle sont en étroit lien avec le système traditionnel, et dans une finance de plus en plus globalisée, un risque dit systémique se présente alors face à nous.

Dans le shadow banking, on trouve également la possibilité de maquiller les bilans. Ce fut le cas de la banque d’investissement Lehman Brothers qui à travers des opérations de repos est parvenue à faire baisser son ratio d’endettement et faire augmenter ses liquidités, dissimulant ainsi les risques sous jacents. Cette prise de risque a eu pour conséquence une situation financière critique et la banque s’est vue refusée son sauvetage par le gouvernement américain.

Devant une telle problématique, les principaux chefs d’Etats et de gouvernement se sont réunis à maintes reprises, lors du G20 à Séoul en octobre 2010 ou encore lors du sommet de Cannes en 2011, dans le but de débattre du système financier international et proposer des mesures correctrices des tendances actuelles.

A la suite de ces sommets, le Conseil de stabilité financière a été mandaté afin de fournir des recommandations de règlements à imposer au shadow banking, considérant ces activités parallèles dangereuses pour la stabilité économique. Le CSF a en effet estimé sa taille à “25% des actifs gérés par l’ensemble du système financier”, soit environ 46 milliards d’euros et sa proportion ne cesserait de croitre. On comprend donc l’importance d’une régulation.

Le shadow banking est susceptible de représenter une véritable menace pour une Europe encore fragilisée par la crise et où un sentiment anti-Europe se développe. Ainsi, l’Union européenne est la première à montrer l’exemple, puisqu’elle semble décidée à mettre en application un grand nombre des propositions visant à réformer la finance. Bien que la plupart des engagements de l’Union soient encore au stade de procédures législatives, on voit bien la volonté des autorités de progresser dans ce domaine.

Une nouvelle réglementation bancaire voit le jour, les accords de Bâle III visant à consolider le système bancaire notamment. Dans le but d’éviter un Lehman Brothers européen, on voit apparaitre les mesures suivantes: un renforcement du niveau et de la qualité des fonds propres, la mise en place d’un ratio de levier (limité à 3%), la création de ratios de liquidités à court terme. En renforçant la réglementation du système bancaire et en encadrant mieux ses pratiques, l’Europe espère ainsi que, par effet boule de neige, cela ait une répercussion directe sur les activités du shadow banking. Cependant, les premières mesures prises sont encore insuffisantes et on attend désormais le rapport final du Conseil de stabilité financière en septembre 2013 pour discuter des mesures finales afin d’éviter un nouveau scénario catastrophe pour la planète finance.

 

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