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Michel Rocard et sa vision de la crise

Campagne présidentielle oblige, les ouvrages se multiplient pour mieux connaître les candidats ou pour faire partager des idées qui risquent de peser sur les débats, jusqu’en mai. Parmi les écrits les plus remarquables de ce début de compagne, un a particulièrement attiré l’attention de notre Rédaction, celui de l’ancien Premier ministre socialiste, Michel Rocard: Mes points sur les “i” (Editions Odile Jacob).
 
Ouvrage qui s’assimile surtout à un coup de colère de l’ancien dirigeant, il brasse une multitude de thèmes, de la sortie du nucléaire, à la naissance d’une “société moins marchande, moins soumise à la compétition”, en passant par une analyse de la crise et, surtout de la situation de la France.
Si l’idée majeure de son livre reste “la fin du travail“, tel qu’on l’entend de nos jours, et qui s’oppose évidemment à la démarche de réhabilitation de la valeur travail par le président Sarkozy, notre Rédaction a surtout voulu vous faire part de son analyse très fine de la crise qui agite le monde développé depuis 2007.
 
D’abord, Michel Rocard analyse parfaitement les enjeux qui se profilent pour les années à venir comme la gestion de l’éclatement en cours de la bulle immobilière chinoise (on s’attend à une baisse des prix de l’immobilier de 50% au mois), ou encore l’illusion d’une relance de la croissance.
 
A moyen terme, et en dépit des stimulus envisagés à droite comme à gauche, la croissance n’est pas prête d’être de retour en France. Comme il l’a affirmé dans une interview au quotidien en ligne LeMonde.fr, “A supposer que l’on parvienne à réguler la finance, il faudra de longues années pour désendetter les Etats. Et il y a le pic pétrolier qui sonne le glas de notre modèle de prospérité“. Ce qui l’incite à dire qu’une sortie du nucléaire est irresponsable. En filigrane, on devine aisément que le plein emploi n’est pas pour demain en France…
 
L’autre volet du livre est plus financier. Là, il se fait aisément le relais du candidat Hollande qui a décide de s’attaquer à la finance. Contrairement à d’autres, il n’envisage pas que l’élection d’un socialiste à la présidence provoque une réplique brutale des marchés financiers contre la France. Envisageant plusieurs pistes de réflexion pour mieux réguler la finance, il fait valoir le mérite de la décision en 1933 du président Roosevelt qui avait imposé la séparation stricte des banques de dépôt et des banques d’investissement. Une solution qui fait aussi son chemin en France mais se heurte brutalement au modèle de banque universelle qui domine ici. Autre piste: celle d’une régulation qui doit absolument passer par l’UE, en contournant éventuellement l’Allemagne.
 
Vraie mine à idées, l’ouvrage de l’ancien Premier ministre a le mérite de réorienter le débat alors qu’il s’enlise, semaine après semaine, dans des effets d’annonce et des polémiques vaines. En toile de fond, on découvre une nouvelle idée de société, une société où la satisfaction n’est plus liée à l’argent.

 
 

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