Press "Enter" to skip to content

PAROLE D’EXPERT: Captain Economics vous explique pourquoi l’économie française est en panne!

Bonjour Captain Economics! Merci d’avoir accepté notre invitation à participer à notre série estivale PAROLE D’EXPERT. Depuis le lancement de votre site Captaineconomics.fr, vous avez fait un véritable buzz sur internet! Notre rédaction est épatée par vos articles tout aussi pédagogiques les uns que les autres sur des problématiques économiques et financières pourtant pas simples à comprendre.

Pour vous, comment se porte la zone euro? Est-ce qu’on peut parler de reprise en vue comme a récemment affirmé la Banque de France?

La zone euro reste extrêmement fragile et la crise de la dette n’est en rien résolue. Pour le moment, la Banque Centrale Européenne a réussi à colmater les brèches via le programme de rachat illimité “Outright Monetary Transactions” de l’année dernière et la “forward guidance” de maintien de taux bas annoncée au début du mois. Cependant, la dette de nombreux pays de la zone euro est insoutenable à long terme et un défaut ou une restructuration de dette semble être inévitable pour certains pays de la zone, comme le Portugal par exemple. Si vous ajoutez à cela les problèmes politiques et le rejet de plus en plus marqué de la politique de la troïka, vous avez alors tous les ingrédients permettant de contredire la fameuse phrase prononcée par François Hollande au début du mois: “la crise de la zone euro est terminée”.

Au niveau de “la reprise” française, il est vrai que certains indicateurs montrent une légère amélioration de la situation ; l’indicateur de confiance des ménages et celui du climat des affaires étant en hausse constante depuis deux/trois mois. De là à parler de “reprise” il y a un pas que je ne franchirai pas! Il y a eu une rupture de la croissance potentielle de la France avec la crise, via la baisse de l’investissement productif et la hausse des faillites. Les prévisions de croissance du gouvernement pour 2014-2017 (1.2% en 2013 et 2% à partir de 2014) semblent irréalistes, ce qui implique donc de nouvelles hausses d’impôts dans les années à venir ; et l’on connait l’effet d’une hausse des impôts sur la croissance …

Un avis peut-être sur la mise en place des réformes en France? Christian Noyer par exemple a à maintes reprises souligné la nécessité d’avoir une stabilité fiscale pour permettre aux ménages et aux entreprises de consommer et d’investir.

La gestion d’un pays ressemble en certains points à la gestion d’une entreprise ; il est nécessaire d’avoir un business plan et une stratégie bien définie, afin que les différents acteurs (employés, actionnaires, patrons dans le cas de l’entreprise) puissent faire les bons choix “en connaissance de cause”. Quelle est la stratégie actuelle de “l’entreprise France”? J’aimerais bien le savoir! Un des problèmes majeurs provient des prévisions de croissance irréalistes des différents gouvernements, qui obligent par la suite le gouvernement à augmenter les impôts en catastrophe en essayant de trouver de l’argent à droite à gauche, sans qu’il y ait une réelle stratégie à part celle d’essayer tant bien que mal de contrôler le déficit à court-terme pour éviter une hausse des taux. La stabilité fiscale est nécessaire, mais pour respecter cette belle promesse, il faut que le budget soit basé sur des hypothèses de croissance réalistes.

Quel est l’intérêt de toujours sur-estimer ses recettes et de sous-estimer ses dépenses, ce qui oblige par la suite à prendre des mesures incompatibles avec les objectifs de long-terme? Quelle entreprise fonctionne comme cela? Aucune. Alors pourquoi cela serait-il acceptable pour un Etat?

Parmi les réformes nécessaires, il y a bien évidemment la réforme des retraites, qui va être le grand sujet de la rentrée. C’est une bonne chose de mettre ce dossier sur la table, mais j’ai peur qu’au final “la montagne accouche d’une souris”. Il faudrait d’ailleurs une réelle réforme structurelle des retraites (retraite par points) et non pas une nouvelle réforme paramétrique ne faisant que repousser le problème.

L’Union bancaire, sujet du moment. Au regard des travaux en cours au niveau européen, avec la mise en place du premier pilier – l’organe de supervision bancaire européen – ne faut-il pas craindre que les petites banques soient hors des radars? Notamment les fameuses banques publiques allemandes?

L’Union bancaire est une avancée considérable pour la stabilité de la zone euro! Malgré les divergences (chaque pays défendant ses propres intérêts), les réformes sont en marche. La crise a obligé la zone euro à mettre en place de nombreux mécanismes de supervision et de résolution de crise. Si l’on regarde la situation actuelle par rapport à celle de 2008, les changements sont considérables. Bien évidemment, il aurait fallu que ces mécanismes et coussins de sécurité aient été mis en place avant la crise, mais ce qui est fait et fait et on ne peut que se féliciter des avancées récentes de la zone. Certains diront que c’est “trop tard, trop lent, ou trop faible”, mais pour terminer sur une note d’optimisme, c’est finalement “déjà çà”!

 

Doctorant en économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur d’économie à l’IESEG Paris,Thomas Renault est le créateur du site Captain Economics, un blog ayant pour but de démystifier l’économie, en abordant cela sans prise de tête ni prise de parti.

 

Be First to Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *