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Plus les banquiers centraux s’expriment, moins on y comprend

La stratégie de crise des banques centrales a consisté à faire de la pédagogie auprès des marchés financiers afin qu’ils soient en mesure d’anticiper les prochains mouvements de politique monétaire. L’objectif, résumé dans la formule “forward guidance“, est tout simplement de stabiliser les fluctuations financières et de limiter la volatilité sur les prix des actifs. A divers degré, c’est ce qu’ont mis en oeuvre depuis 2007 la BCE, la BoE et la FED.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la communication entre les banquiers centraux et les intervenants de marché est loin d’être parfaite. Depuis la rentrée, deux décisions de politique monétaire sont entrées en contradiction apparente avec les signaux envoyés par Ben Bernanke et Mario Draghi.

Le premier avait depuis la fin du printemps sous-entendu un retour progressif à une politique monétaire plus traditionnelle en commençant à fermer le robinet de l’argent facile. Le fameux “taper” devait se traduire par une baisse très limitée à partir de septembre du montant des rachats d’actifs de la banque centrale américaine, une fois la pause estivale terminée. Résultat, l’anticipation du marché s’est avérée fausse puisque Ben Bernanke a changé de ton en maintenant sa politique monétaire intacte.

Scénario similaire avec la BCE la semaine dernière. Quasiment aucun analyste forex n’avait prédit la baisse du taux directeur. Des sources à Francfort avaient même conforté cette hypothèse. Une baisse devait être annoncée en décembre, à l’occasion de la révision des chiffres de la croissance et de l’inflation pour 2014 et 2015. C’est, pour ainsi dire, ainsi qu’aurait traditionnellement agi la banque centrale. Finalement, le marché a été pris de court par cette baisse des taux surprise qui n’avait pas déjà été totalement intégrée dans les prix. Le forward guidance à l’européenne, à peine mis officiellement en place depuis l’été, est manifestement inefficace. Autrement, la volatilité n’aurait pas atteint de tels niveaux lors de la séance de jeudi dernier.

Il est bien-sûr toujours possible que les économistes interprètent mal les propos parfois peu explicites des banquiers centraux. Le problème est surtout que ce sont ces derniers qui misent sur la transparence mais paraissent au final l’abandonner assez vite lorsqu’il faut réagir dans l’urgence. Les deux revirements de la FED et de la BCE montrent en effet la précipitation de banquiers centraux qui ont le plus grand mal à relancer les économies dont ils ont la charge et qui subissent la pression des marchés et des politiques pour toujours faire plus. Cependant, en agissant ainsi, on oublie que la politique monétaire a un sens uniquement sur la durée et que toute décision prise prend un certain temps à avoir des effets sur l’économie réelle. Alors quelle urgence y avait-il vraiment à annoncer une baisse des taux en novembre plutôt qu’en décembre et à, au passage, entraîner les marchés dans un excès de volatilité qui devient bien trop coutumier?
 

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