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Yuan : le revirement de Washington

Bref retour en arrière : nous sommes en pleine campagne pour la Maison Blanche en octobre 2008. Le candidat du parti démocrate, Barack Obama, n’hésite pas à affirmer lors de ses meetings que l’excédent commercial chinois est « directement lié à la manipulation de sa monnaie ». Depuis de très nombreuses années, les autorités américaines soulignent la sous évalution du yuan, sujet récurrent de discorde entre Pékin et Washington, mais, jusqu’à maintenant, aucun responsable politique américain d’envergure nationale ne s’était risqué à utiliser le terme « manipulation ». Elu à la Maison Blanche, le président Obama semble coller à la ligne initiale qu’il a esquissé lors de sa campagne puisque le nouveau secrétaire au Trésor, Tim Geithner, affirme le 22 janvier 2009 devant les parlementaires américains que la Chine « manipule » sa devise.

Evidemment, Pékin, qui est plutôt habile en matière de mesures de rétorsion, voit d’un très mauvais oeil ces attaques répétées de la future administration américaine. La Chine décide alors de détourner les termes du débat alors que la pression commence à s’accentuer sur le dollar. Bien avant la réunion du G20 de Londres, le président chinois Wen Jiabao, dénonce la suprématie du dollar sur la scène internationale lors du sommet de Davos. Concentrant ses attaques sur la faiblesse du dollar, la Chine en profite ainsi pour détourner l’attention du yuan, ce qui semble avoir plutôt bien marché. Il faudra plusieurs semaines à la devise américaine pour neutraliser les attaques répétées de la Chine et de la Russie, deux pays qui appellent ouvertement à l’émergence d’une nouvelle monnaie de réserve internationale.

Durant cet épisode, l’administration américaine est restée plutôt discrète, soulignant simplement qu’il n’existe pas d’alternative au dollar et que le gouvernement américain est favorable à une politique du dollar fort. Un refrain déjà entendu à maintes reprises sous l’administration Bush.

A vrai dire, la Chine n’a pas vraiment intérêt à attaquer le dollar, sachant qu’elle possède plus de 800 millions de dollars en bons du Trésor américain. Cependant, ces attaques ont permis à Pékin d’éviter que la sous évaluation du yuan ne soit abordée lors des sommets internationaux ou des rencontres bilatérales avec les Etats-Unis. Ainsi, lors de la réunion de la semaine dernière entre américains et chinois, le yuan n’a pratiquement pas été évoqué, éclipsé par le réchauffement climatique et la crise économique. De plus, elles ont permis, de manière un peu tonitruante, d’exprimer l’inquiétude de la Chine et d’autres pays détenteurs d’importants avoirs libellés en dollars sur la sécurité de ces derniers. Les pays du Golfe, qui se font discrets en raison des liens politiques étroits avec Washington, partagent de telles inquiétudes bien qu’ils ne les expriments pas publiquement.

De son côté, Washington a opéré un revirement spectaculaire depuis le mois d’avril pour revenir à une rhétorique plus habituelle. Ainsi, la « manipulation » du yuan par les autorités chinoises a été abandonnée au profit de la simple « sous évalution » de la monnaie chinoise. Le discours est plus neutre et moins conflictuelle, même si tous les experts conviennent que la parité du yuan est au coeur des déséquilibres entre les deux puissances. Washington n’a en fait pas le choix puisque la crise économique a accentué la puissance de la Chine en termes commerciaux et en matière de réserves. Un discours plus conciliant est donc nécessaire de la part des responsables américains. L’appréciation du yuan, comme l’a souligné un rapport du FMI, se poursuit, à un rythme lent toutefois, mais elle n’est pas totalement stoppée. C’est certainement une bonne nouvelle pour l’administration Obama. Comme le rappelait le président américain G. Bush, la relation sino-américaine est « complexe », Washington et Pékin étant de plus en plus dépendants l’un de l’autre.

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