Les ETF, terreau de la prochaine crise financière

Edito2
Le G20 agricole fut présenté par la Présidence française comme l’opportunité idéale afin de réguler le marché des matières premières en garantissant une meilleure répartition des ressources et afin d’éviter la formation de bulles spéculatives qui propulsent les prix, notamment des denrées alimentaires, vers des records. Cependant, les ambitions n’ont, une nouvelle fois, pas conduit à des résultats concrets et à des solutions originales. La mesure phare d’une régulation du marché des matières premières fut mise entre parenthèse afin qu’elle soit, officiellement, gérée par les banques centrales et les ministères des Finances. En d’autres termes, ce rejet de balle revient tout simplement à enterrer une quelconque évolution sur le sujet. Le G20 agricole a donc abouti à des gadgets qui n’influenceront que modérément sur la production et sur les cours.

Face à l’incapacité du pouvoir politique de prendre les décisions qui s’imposent, les spéculateurs ont encore de beaux jours devant eux et les prix des matières premières ont encore une belle marge d’évolution à la hausse.

Puisque l’analyse économique nous apprend que le capitalisme évolue cycliquement en fonction des crises qui, un peu paradoxalement, le renforce, nous n’avons plus qu’à attendre la prochaine crise financière. Sans surprise, après Internet et l’immobilier, elle devrait surgir du marché des matières premières dont l’évolution au cours des dernières années inquiète de plus en plus d’économistes. C’est une énième fois l’ingénierie financière qui pourrait être la cause du déclenchement d’une nouvelle hécatombe financière, avec un produit de plus en plus phare en Europe, les ETF (Exchange Traded Fund), non évoqués au G20 et qui sont déjà assimilés par certains experts à des produits toxiques, à l’instar des subprimes.

Les ETF sont des produits financiers cotés en bourse qui répliquent tout simplement un indice boursier à l’origine, comme le Dax allemand ou l’IBrX 50 brésilien. Le principal avantage est que les investisseurs peuvent choisir de s’exposer un jour davantage aux actions allemandes ou un autre jour réduire leur exposition aux actions françaises, le tout, à moindre coût que s’ils devaient acheter des actions. Très rapidement, le succès s’est emparé de ce nouveau produit financier puisque la progression fut de 40% en l’espace de 10 ans pour atteindre 1200 milliards de dollars en 2010 selon le FSB. Cette année encore, la progression de ce marché devrait se confirmer avec une hausse de 20 à 30% selon les chiffres avancés par BlackRock.

Le problème principal c’est que les banques ont, comme à leur habitude, eu tendance à sophistiquer davantage ce produit financier en proposant à leurs clients d’investir, officiellement sans risque, sur d’autres actifs qui ont l’inconvénient d’être moins liquides comme les matières premières ou encore les small-caps russes. Au passage, d’autres ETF ont été inventés, certains avec effets de levier, d’autres qui permettent de vendre à découvert un indice. Cependant, ces nouveaux produits, qui sont présentés par les banques comme des placements de bon père de famille, n’ont souvent rien à voir avec les simples fonds indiciels. Sans rentrer dans le détail, prenons tout simplement l’exemple des ETF synthétiques qui sont proposés par beaucoup de banques européennes et notamment françaises. En fait, ces ETF ne permettent pas d’investir sur le CAC40 ou n’importe quel autre indice via un actif sous-jacent mais il s’agit de contrats de swap qui consistent à acheter d’autres actifs en garantissant avec le swap qu’ils pourront échanger ces derniers contre les actifs formant le CAC40 ou le Dax allemand. Loin d’être simple et transparent comme les banques le prétendent.

Des tentatives de réglementation ont bien eu lieu. Ainsi, le FSB a mis clairement en garde contre les ETF synthétiques tandis que les autorités américaines ont fait part il y a déjà plus de deux ans de leurs inquiétudes quant aux ETF à effet de levier mais, l’absence de coordination internationale, et par conséquent de réelle volonté politique, empêche des résultats probants en la matière. En France, la situation est très laxiste puisque tous les EFT doivent recevoir le visa de l’Autorité des Marchés Financiers mais aucune lutte contre les ETF sophistiqués n’a été esquissée.

Au final, le monde se dirige de nouveau vers une nouvelle crise financière qui pourrait éclater à tout moment et qui sera, une fois encore, le résultat de défaillances dans le contrôle du secteur bancaire ce qui souligne, à maints égards, que les enseignements de la crise des subprimes n’ont pas été appris par le monde financier et la classe politique.

Par Christopher Dembik, diplômé de Sciences-Po Paris 2010

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