Cela fait quelques temps déjà que l’on entend parler d’une guerre des monnaies entre les pays développés. Elle consisterait en l’abaissement de la valeur réelle d’une monnaie de sorte que les exportations soient stimulées, devenues moins relativement chères pour les consommateurs étrangers. Evidemment, comme dans toute guerre, certains prennent l’initiative, et d’autres subissent. On se souvient des ravages qu’une telle guerre peut produire tant on a parlé ces derniers temps de la crise déclenchée en 1929 et de ce qui a suivi durant les années 1930. Bien évidemment, la dévaluation de certaines monnaies est nécessaire dans le contexte actuel: c’est le cas du yen. Le Japon, pays à forte dette quoique détenue par les résidents, a en effet connu plusieurs épisode déflationnistes! Pour autant doit-on dévaluer l’euro?
Ces derniers mois, on connaît sur l’euro des tensions à la baisse. En effet, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, a souligné que le taux européen de 0.5% n’était pas une limite basse, laissant ainsi supposer qu’il pourrait y avoir de nouvelles baisses. En outre, il n’écarte pas de préserver ce taux sur un période longue. Cependant, on est en droit de remettre en cause ce raisonnement.
Dévaluer, ou plus précisément déprécier car dévaluer s’emploie dans un système où les changes ne sont pas flottants, entraîne évidemment immédiatement à valeur nominale inchangée la hausse des prix intérieurs des biens importés et la baisse des prix à l’extérieur des biens exportés: c’est mécanique. En revanche, ce qui n’est pas immédiat, c’est le changement de comportement des consommateurs, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Dans ces circonstances, la balance courante se dégrade énormément puisqu’il s’agit du montant des exportations moins le montant des exportations.
Dans un second temps, les consommateurs réagissent et se rendent effectivement compte du changement des prix. Il peut y avoir plusieurs raisons, comme le temps de changement d’étiquetage dans les magasins qui induisent ainsi un délai dans l’impact du changement de la valeur des biens. Le pays ayant connu la dépréciation voit alors sa demande domestique de bien national augmentée puisque les biens étrangers sont peu à peu abandonnés tandis que les biens nationaux se vendent facilement à l’étranger en raison du gain de compétitivité-prix. Ces deux étapes ont été mises en évidence par Marshall et Lerner, mais il y a des limites à la possibilité d’application du mécanisme.
C’est que les faits sont différents. Pour commencer, l’Union Européenne est importatrice des matières premières dont elle a besoin pour son commerce puisque son activité industrielle réside en de la transformation. Ensuite, l’euro n’est pas présent dans un seul pays, mais bien une région économique! Ainsi, selon la Commission Européenne, en 2011, 65% des exportations européennes se dirigeaient vers un pays membre! Autrement dit, les partenaires commerciaux privilégiés des européens sont eux-mêmes! Nombreux sont ceux qui plaident en faveur d’une dépréciation de l’euro. Pourtant, ils ne feraient que parier sur une hypothétique hausse à priori minime des exportations, et feraient sûrement augmenter la dette privée européenne.