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Conjoncture économique et géopolitique: les clés pour comprendre un monde qui change

Le Forum de l’Investissement le 12 octobre – Cette conférence était animée par Yvan de Kerdel, éditorialiste au Figaro avec MM Adler et Dessertine, respectivement historien et directeur de l’institut de Haute Finance.

Selon eux, en Europe, il n’existe plus que trois centres de pouvoirs: la BCE, la chancellerie allemande et le bloc, qui lui résiste c’est-à-dire la France, l’Espagne et l’Italie. Le reste est anecdotique, et on ne peut que leur donner raison. En effet, dans la bataille que l’Europe livre pour sa survie le leadership tant contesté de l’Allemagne est bien réel. Elle décide de l’orientation économique des autres partenaires européens et exporte son orthodoxie budgétaire avec toutes ses machines! Seule la BCE déroge au sacro saint principe de la toute puissante Allemagne en osant aider les autres pays européens et en donnant un peu de répit à la zone euro pour accomplir ses réformes. Cela a valu à plusieurs membres allemands de claquer la porte de l’institution de Francfort. Cependant, cette aide s’est faite en contrepartie de réformes structurelles importantes que ce soit en Italie ou en Espagne. L’Italie est en pleine refonte économique et politique tandis que l’Espagne va sous peu activer les mécanismes d’aides qui vont lui permettre de souffler un peu. Concernant la France, le plus gros des réformes est à venir. M Adler nous promet une période d’instabilité politique due à l’imminente récession qui va s’amorcer dans le courant de l’hiver. Un ralentissement de la croissance française étant en effet inévitable tant les mesures fiscales et la baisse des dépenses sont improductives. La France est en train de décourager les investissements et de taxer durement l’épargne. Des tensions régionales sont aussi à craindre tant en Espagne avec la Catalogne qu’en Belgique avec une probable scission de la Flandre.

“C’est en étant solidaire que l’Europe s’en sortira”

Selon l’avis de M Dessertine, il ne faut pas réitérer les erreurs d’avant guerre. C’est en étant solidaire que l’Europe s’en sortira. Toujours selon lui, la zone euro peut être considérée comme sauvée car la Grèce n’en sortira pas et l’Espagne via sa demande d’aide ne fera pas plonger l’Euro dans la tourmente. Il est certainement un peu tôt pour se prononcer sur la conjoncture de l’euro, même si le pire est certainement passé, le chemin est encore long, la crise est bien enracinée dans la plupart des pays et il faudra très certainement attendre fin 2013, voir mi 2014 avant de revoir quelques rayons de soleil sur l’économie Européenne. L’Allemagne, le moteur de la croissance est lui-même en train de s’essouffler! Allemagne, France, quelle que soit la couleur politique, nationale notre futur est commun, et notre but réside dans la sauvegarde de l’euro. Contrairement à l’idée reçue, avoir des taux négatifs n’est pas une bonne nouvelle. Plus les spreads augmentent, plus cela implique une différenciation entre les dettes souveraines des pays membres alors que la zone euro a été créée dans le but de fonder une union. Cependant, la récente baisse des primes de risque demandées sur les taux des pays périphériques de concert avec la hausse des bourses européennes (par rapport aux points bas touchés durant la crise) démontrent une diminution de l’hypothèse d’éclatement de la zone euro. Cette dernière est en pleine correction majeure de sa dette excessive. Les marchés se réjouissent donc de ces réformes. Cependant, est ce bien un comportement rationnel de leur part? Les marchés se nourrissent des 9 000 milliards d’euros de dettes européennes. Si cette source venait à se tarir, certes ce n’est pas pour demain ; mais les marchés l’y poussent, ou iraient-ils investir tout ce capital?

“Les Etats-Unis vont traverser une crise identitaire comme tous les grands empires avant eux”

La conférence s’est ensuite orientée sur le cas particulier des Etats-Unis. Les Etats-Unis représentent à eux seuls, une balance commerciale déficitaire de 700 milliards de dollars. L’Europe dispose elle (et en grande partie grâce à l’Allemagne) d’une balance commerciale excédentaire. La solution des Etats-Unis à la crise: créér de la monnaie. Cela leur permet d’avoir une croissance plus élevée que l’Europe. Une croissance qui reste stérile étant donné qu’elle ne crée pas assez d’emplois. Et ce malgré le QE3 lancé récemment par la FED, qui par cette action prend clairement position pour Obama. Cela semble rationnel, car Romney a explicitement dit qu’il garderait la FED mais pas son patron. Ben Bernanke ayant tout intérêt à ce que le président sortant garde son job, et ainsi lui, le sien. Selon M Adler, cette élection n’apportera pas de changements massifs car le candidat du GOP a montré son vrai visage au fil de campagne, celui d’un centriste de droite. Centriste de droite prônant une libéralisation dans un des pays les plus libéralisés du monde, et qui se demande pourquoi on ne peut ouvrir les fenêtres dans un avion. Toujours selon M Adler, les quatre années à venir seront quatre années de repli de la superpuissance américaine. Les Etats-Unis vont traverser une crise identitaire comme tous les grands empires avant eux. La Grande Bretagne, la France, le Japon… L’impact de cette élection fera néanmoins une victime à coup sûr, en la personne de M Benjamin Netanyahu selon M Adler. Son intrusion dans la campagne américaine via ses menaces d’attaques sur l’Iran ont résonné comme une pression sur l’administration Obama alors que tout l’establishment américain ne veut pas de cette guerre. Démocrates comme républicains. Leur volonté de se retirer de cette partie du monde est plus forte que le reste. Les échecs des guerres afghane et irakienne conjugués avec le fait que les Etats-Unis redeviendront exportateur net de pétrole l’année prochaine ne leur donne plus envie de s’attarder dans cette partie du globe où ils sont hais. Le déménagement rapide du Moyen Orient est une des priorités géostratégiques des Américains. Côté économie, cette émission folle de dollars, plusieurs milliers de milliards de dollars depuis le QE1, a des répercussions effectives sur les pays émergents et fortement exportateur. Le Brésil est une des premières victimes de ce qu’il a nommé la “currency war”. L’appréciation du réal étant inarrêtable malgré les multiples et vains obstacles que la BCB a mis en place. Taxe sur les obligations, les capitaux entrants, etc… De plus le continent Sud-Américain et l’Asie sont fortement impactés par la baisse de la croissance occidentale.

“On arrive à une rupture du modèle chinois”

Ce qui a amené la conférence à parler de la situation de l’Asie, et plus spécifiquement de la Chine. Aujourd’hui, la Chine est face à un double défi: le changement de son modèle économique, hier tourné vers l’investissement, qui portait la croissance économique durant les années 90, avec Den Xiaoping et qui fut amplifié par la crise de 2007. Les investissements dans l’immobilier, les infrastructures, les autoroutes… se sont démultipliés à tel point que les collectivités ne pensaient qu’à investir pour gonfler leurs budgets. Mais cette stratégie est arrivée à son point de rupture. Nombre d’investissements se sont révélés peu voire pas du tout rentable. La Chine doit donc réussir la réorientation de son économie vers sa consommation intérieure et moins sur ses investissements farfelus. L’expansion par le marché intérieur est donc d’une nécessité impérieuse pour l’Empire du milieu. Enfin le deuxième défi réside dans le changement à la tête de l’Etat. Disparition du futur président, déchéance de Bo Xilan étoile montante du parti, retard dans la tenue du XVIIIème congrès, rumeurs sur la volonté de Hu Jintao de rester au pouvoir… On arrive à une rupture du modèle chinois. Avec cela, les récents problèmes sociaux en Chine, mécontentement de la population, augmentation des salaires dans les zones exportatrices, mauvaises allocations des ressources par les entreprises d’Etats (peu productive, pauvre en innovation), problèmes environnementaux, de la pyramide des âges, des migrants, de la politique de l’enfant unique. Ce ne sont pas les problèmes qui manquent, mais leurs solutions. L’agitation en mer de Chine exercée par la marine chinoise à propos d’iles n’est qu’un prétexte pour un concours de démonstration de force. Et cela permet à l’armée de peser sur les futurs dirigeants pour une augmentation du budget avant le congrès du 8 novembre. Les humiliations subies par la Chine lors des guerres de l’opium veulent être totalement effacées.

“L’Iran est à genoux économiquement”

Pour finir cette conférence, le délicat sujet du monde arabe a été évoqué. Le sujet principal fut l’Iran. Selon M Adler, l’Iran est aujourd’hui à genoux économiquement. La baisse de son taux de change additionné à l’embargo qui pèse sur ses exportations de pétrole fait de l’ancien empire Perse un pays qui s’enfonce dans la récession. Cependant ce point de vue est purement occidental, le Japon continue d’acheter son pétrole à l’Iran, car il lui est impossible de faire autrement, la Chine et l’Inde se moquent, elles aussi, des sanctions occidentales. Cela ne les concerne pas. La Chine n’a que faire de la haine Israélo-Iranienne. Pour en revenir à l’Iran, la véritable menace se situe quelque part dans le printemps arabe. En effet, l’Iran est un pays à majorité chiite. C’est un des seuls dans le monde arabe avec la Syrie (pour encore combien de temps). Le réel adversaire de l’Iran est il réellement l’Occident ou la renaissance d’un sunnisme conquérant à travers les Frères Musulmans notamment?

Pour conclure, nous sommes dans un monde qui bouge, qui change beaucoup plus vite qu’il n’a jamais bougé et changé au cours de l’Histoire. De profondes mutations sont en cours aux quatre coins du globe. Affirmation de la Chine en tant que nouvelle puissance, déclin de l’Occident, émergence de l’Amérique du sud, et enfin forte instabilité dans le monde arabe, tout cela ayant déjà un impact notable sur les marchés financiers.

 

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