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Fronde des cambistes contre le dollar

S’il fallait faire un bilan succint de la semaine de trading pour le dollar, il suffirait de dire que ce fut une très mauvaise semaine. En effet, la devise américaine a accumulé les contre-performances face aux autres monnaies. Ainsi, l’euro a atteint un plus haut de neuf mois face au dollar tandis que le franc suisse a inscrit son plus haut depuis le mois de juillet 2008 face au billet vert. L’hécatombe n’est pas finie puisque même le yuan a profité des déboires du dollar pour atteindre son plus haut niveau depuis trois mois face au dollar, à quelques jours de l’anniversaire de la chute de la banque Lehman Brothers.

En tant que valeur refuge, le dollar a évidemment été pénalisé par la publication de bonnes nouvelles économiques, notamment sur le terrain de l’emploi aux Etats-Unis. Toutefois, les analystes du marché des changes font valoir, à juste titre, que les autres valeurs refuge, en l’occurrence le yen et le franc suisse, ont enregistré de bonnes performances cette semaine tandis que des valeurs jugées à risque, comme le dollar australien, ont trébuché sur le marché des changes. Par conséquent, l’amélioration du climat économique ne peut pas à elle seule expliquer la forte baisse du dollar.

D’autres facteurs entrent en compte qui expliquent que les cambistes se soient clairement positionnés contre le dollar cette semaine. En fait, ils sont nombreux, allant de la monétisation de la dette de la Réserve Fédérale aux inquiétudes relatives au déficit du gouvernement américain en passant par la possibilité d’un maintien pendant plusieurs mois de taux relativement bas par la banque centrale américaine. Le lauréat du prix Nobel d’économie en 2006, Edmund Phelps, a d’ailleurs magistralement énuméré lors du forum économique de Krynica, en Europe de l’Est, les difficultés auxquelles font face les Etats-Unis et le dollar. Selon lui, la dette accumulée par les Etats-Unis pour sortir de la récession devrait inhiber la croissance pendant plusieurs décennies. Au problème de la dette qui est récurrent, il convient également d’ajouter le risque d’inflation. Phelps a souligné que « le déversement massif de liquidités provoqué par la Réserve Fédérale est une menace : il comporte réellement un risque d’inflation. Bien plus que Bernanke ne l’admet ». Pour autant, la Fed n’envisage pas pour le moment un relèvement des taux afin d’aider à une stabilisation du taux de chômage.

Les autres banques centrales sont confrontées au même dilemme. Ainsi, même si la Banque de Réserve australienne s’est inquiétée des risques de poussée inflationniste, la hausse des destructions d’emplois le mois dernier, faisant perdre en l’espace d’une séance 0,3% au dollar australien face au billet vert, a mis un terme aux rumeurs de relèvement des taux.

Le chômage devrait être une épine dans le pied des gouvernements pendant plusieurs mois. En effet, un décalage habituel existe entre l’évolution du taux de chômage et la conjoncture. Sachant que nous sommes toujours en période de crise, comme l’a rappelé très justement Dominique Strauss-Kahn, le chômage pourrait encore continuer d’augmenter pendant plusieurs trimestres. Tim Geithner a rappelé en fin de semaine que le plan de relance adopté mi février a permis de créer ou de sauvegarder un million d’emplois outre-Atlantique. Pour autant, il a également reconnu que le chômage ne devrait commencer à diminuer que d’ici un an. L’augmentation du chômage pourrait, comme ce fut le cas avec le dollar australien cette semaine, nettement influer sur le cours des devises du marché des changes lors des prochains mois.

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