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La légalisation du cannabis s’impose au nom du pragmatisme économique et politique

Mi-juin, le député socialiste Daniel Vaillant a lancé un pavé dans la mare en prévision des prochaines élections présidentielles en prônant une légalisation du cannabis. Le sujet a soulevé rapidement un vent d’opposition, notamment au sein de la majorité présidentielle qui, bien que prônant le libéralisme économique, ne semble pas vouloir l’appliquer dans le contrôle des stupéfiants.

La situation en France, en matière de lutte contre la consommation de cannabis, est clairement un échec. En dépit d’une législation extrêmement répressive qui fait encourir une peine de 20 ans de prison pour quiconque produit ou cultive du cannabis et une peine de 10 ans de prison en cas de détention, d’acquisition ou de vente, la consommation de cannabis en France est en constante hausse et le marché se porte plutôt bien, étant estimé à près de 832 millions d’euros par an. Au niveau mondial, ce marché représenterait même plus de 142 milliards d’euros de revenus par an pour les trafiquants.

Un rapport de plusieurs experts, dont d’anciens présidents d’Amérique latine qui connaissent parfaitement la situation sur le terrain, a d’ailleurs conclu, au début du mois de juin, que la lutte mondiale contre le cannabis avait échoué et qu’une légalisation s’impose. Aux Etats-Unis, le débat est déjà ouvert puisque Barney Frank et Ron Paul envisagent, dans les semaines à venir, de déposer un projet de loi au Congrès visant à légaliser le cannabis et à permettre à chaque Etat de légaliser en la matière.

En France, le débat semble biaisé puisque les opposants à une légalisation considèrent que ce serait ouvrir la boîte de Pandore. En fait, plusieurs arguments plaident en faveur de la légalisation de cette drogue douce. D’abord, l’usage de cannabis est clairement une réalité socio-culturelle depuis plus de 30 ans contre laquelle il semble difficile de lutter. Son usage est désormais répandu dans toutes les couches sociales, peu importe le niveau de revenus.

En légalisant le cannabis, le gouvernement prendrait ainsi le coàntrôle sur une filière clandestine et illégale qui rapport chaque année des millions d’euros qui n’entrent aucunement dans les caisses de l’Etat et ne font l’objet d’aucune taxation.

De plus, cela aurait l’avantage de sortir nombre de jeunes de la marginalisation et d’éviter la circulation de produits frelatés où sont intégrés de la colle ou encore de l’hennée et qui représentent un danger très important pour les consommateurs en matière de santé.

La légalisation, contrairement à l’argument avancé par le ministre de l’Intérieur, n’est pas un encouragement envoyé par la société aux jeunes afin de les encourager à consommer et, à terme, de leur permettre de s’orienter vers des drogues plus dures. En effet, cet argument n’est pas valable puisque de nombreuses recherches considèrent que le risque d’escalade n’est pas supérieur à 5 ou 10%. Une légalisation ne devrait en aucune façon accentuer ce pourcentage mais plutôt mieux encadrer ce phénomène social.

En France, une première étape pourrait être par conséquent de légaliser, comme dans seize Etats américains, la consommation de cannabis mais, dans un premier temps, uniquement à des fins médicales. Cette étape pourrait ainsi permettre d’ouvrir plus largement le débat afin d’envisager éventuellement à terme une légalisation complète.

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