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La Slovénie sera-t-elle la prochaine Grèce?

Lorsqu’elle a intégré l’Union Européenne en 2004, la Slovénie connaissait une dynamique économique exemplaire. Ses infrastructures de qualité et la compétivité de ses entreprises, notamment par rapport aux voisins de l’Est, ont permis aux Slovènes d’atteindre rapidement la moyenne du pouvoir d’achat dans l’UE. Ayant une économie étroitement lié au reste de l’Europe, puisque l’UE représente deux tiers de son commerce extérieur, la Slovénie pense, à tort, qu’une nouvelle ère de prospérité s’ouvre, mettant un terme définitif aux errements de l’après Guerre Froide.


Un déclin qui date de l’entrée dans la zone euro


Cependant, si l’entrée de la zone euro s’est accompagnée d’un choc systémique pour la Slovénie entraînant le pays dans une inflation galopante, posant les jalons d’une remise en cause durable de la dynamique économique vertueuse qui dominait jusqu’à alors. La crise financière de 2008, avec ses répercussions mondiales, a assené un nouveau coup au pays qui, après une consommation intérieure en berne du fait de l’inflation, a dû affronter un effondrement de son commerce extérieur. Le cocktail était évidemment réuni pour l’entrée en récession du pays et une attaque en règle des marchés.

Réduction des investissements, hausse du chômage à 8.8% de la population active de nos jours, baisse des exportations et dégradation du déficit de la balance commerciale sont les principaux maux d’un pays qui a décidé, à marche forcée, de rejoindre le club des pays ayant fait de l’austérité leur principale politique. Face à la situation, le gouvernement slovène a opté pour un plan d’austérité visant à répondre à la demande de l’Union Européenne de réduire de moitié le déficit public en 2013. L’Etat s’est fixé l’objectif de regagner la confiance des marchés. Pour se faire, il envisage de réduire les dépenses programmées jusqu’à fin 2013. 
Avec la réforme des finances publiques, l’essentiel des efforts à venir proviendra des concessions du travailleur slovène avec une réduction des salaires des fonctionnaires, la suppression des primes vacances et la baisse des allocations aux services de santé. Parmi les mesures d’austérité dans lesquelles s’est engagée la Slovénie, on compte aussi un allongement de la durée de travail et une réduction des indemnités de chômage. Des recettes qui sont déjà appliquées dans d’autres pays d’Europe.

L’austérité n’a pas vraiment porté ses fruits

Malheureusement, les premiers résultats sont mitigés. Le chômage devrait atteindre 9.3% l’an prochain selon l’OCDE, le PIB reculer de 1% cette année et le déficit public ne parvient toujours pas à descendre en dessous de la barre des 5% (6.4% du PIB en 2011) en dépit des mesures prises.

Les marchés financiers n’ont bien sûr pas tardé à sanctionner le pays dont le taux de rendement des obligations a atteint à plusieurs reprises 7% pour les obligations à 10 ans, un niveau semblable à celui de l’Espagne à l’heure actuelle et qui est jugé par les spécialistes comme insoutenable. Pire, les inquiétudes montent au sujet du secteur bancaire dont l’ensemble des actifs représente environ 136% du PIB slovène. La banque centrale slovène a ainsi reconnu en juin que ses provisions pour crédits à risque avaient augmenté de 36 % depuis le début de l’année. Les difficultés de la principale banque du pays Nova Ljubljanska Banka sont symptomatiques d’une situation en pleine détérioration au niveau bancaire. L’inquiétude fut telle que la la Commission européenne a récemment approuvé pour 6 mois une aide exceptionnelle du gouvernement afin de recapitaliser la banque avec une injection de 382.9 millions d’euros. Cette somme pourrait être cependant insuffisante à terme, surtout en cas de nouvelle menace des agences de notation, et le pays ne devrait pas à l’instar de l’Espagne faire l’économie d’ici la fin de l’année d’une recapitalisation entière du système bancaire, probablement via les fonds de sauvetage européens, même si les officiels slovènes se refusent à confirmer ces informations.

Vers une inévitable assistance financière européenne?

A terme, la question d’une assistance financière de la troïka au pays se pose, une situation qui risquerait d’affliger un nouveau coup à la zone euro. En effet, l’Europe peine déjà à aider la Grèce pour laquelle les risques de faillite se concrétisent. Une demande d’aide de la Slovénie aurait pour effet de raviver une énième fois la crise souveraine. Qu’en sera-t-il lorsque tous les pays de la zone euro (ou presque) auront successivement demandé l’aide de Bruxelles? Il est clair que la Commission européenne ne pourra pas répondre à toutes les demandes d’aide qui lui sont présentées. Elle s’efforce déjà à mettre en place le Mécanisme européen de stabilité financière, dont l’entrée en vigueur a été encore repoussé, et qui ne pourra pas faire face en l’état actuel des choses à une aide massive de plusieurs autres pays européens.

La solution pour la Slovénie est entre les mains de l’actuel gouvernement. Outre les réformes budgétaires, il apparait essentiel pour la Slovénie de s’engager dans de nouvelles réformes structurelles, comme celle du système éducatif, l’instauration de politiques qui promeuvent l’innovation et la flexibilisation du marché du travail. En définitive, le pays doit retrouver l’environnement propice à l’investissement direct étranger des années 90 qui lui avait permis d’intégrer l’UE. Mais toutes les solutions ne se trouvent pas en Slovénie: la hausse des taux de rendement obligataires voire même la situation bancaire globale au niveau de la zone euro sont des problèmes que les européens, tous ensemble, devront résoudre, à moins d’être prêt à affronter le pire.

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