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Le Japon est-il la prochaine Grèce?

Voilà un article exceptionnellement long pour faire partager à nos fidèles lecteurs les développements économiques et financiers au Japon et leurs probables conséquences sur le marché du forex et les autres marchés financiers.

La Banque du Japon (BoJ) a publié cette nuit son rapport mensuel sur l’économie japonaise, avec une appréciation inchangée par rapport à celui du mois dernier, avec une vision positive de l’économie, suite à la hausse de la demande mondiale.

Cependant, la BoJ remarque avec inquiétude que la crise de la dette européenne et la baisse de l’euro qui s’y accompagne affecteront de manière négative la demande européenne.

L’économie japonaise montre donc des signes positifs de reprise, dans le domaine des exportations, critique pour le pays, ainsi que dans la production industrielle, ce qui se traduit par une baisse du chômage.

La BoJ a aussi annoncé qu’elle allait injecter 3 trillions de Yen, soit environ 33 milliards de dollars, dans le système bancaire afin de soutenir les sociétés japonaises et d’ajouter de la liquidité, en acceptant les demandes de prêts jusqu’à mars 2012. Il s’agit de la quatrième mesure de la BoJ ce mois-ci, pour augmenter la quantité totale de fonds dans le système, avec pour objectif la stabilisation de celui-ci.

Toutes ces mesures semblent montrer que la situation au Japon va en s’améliorant et qu’elle est sous contrôle.

En réalité, rien n’est moins sûr. Si on étudie un peu plus profondément la question, on se rend compte que le Japon est à la veille d’une crise qui risque de faire pâlir la Grèce, et de très loin.

Tout d’abord, disons que le nouveau Premier Ministre nippon, Naoto Kan, comprend parfaitement la gravité de la situation et a dit la semaine dernière, pour son premier discours d’importance depuis son intronisation en tant que Premier Ministre, que le Japon avait besoin d’une restructuration financière pour éviter une crise de style grec, probable si le Japon perd la confiance du marché obligataire. Précisons que la dette du gouvernement japonais atteint les 200%, ce qui est largement plus que la dette grecque.

Pour cette année, pour la première fois depuis 63 ans, les ventes d’obligations ont ramené plus de revenus au gouvernement que les impôts, suite à la récession.

Nous avons eu souvent l’occasion de le dire ces derniers mois dans le contexte de crise actuel, le problème central des pays développés est aujourd’hui les politiciens, dont les politiques font souvent abstraction de la réalité, pour des raisons électorales. Le problème est qu’en fin de compte, on ne peut pas indéfiniment faire abstraction de la réalité et que celle-ci à la vilaine tendance de nous exploser au visage.

En l’occurrence, la confiance du marché obligataire envers le Japon, essentielle selon les dires mêmes de Naoto Kan, est de moins en moins garantie.

En général, une crise souveraine n’explose pas du jour au lendemain. On en parle de plus en plus, des signaux avertisseurs s’accumulent et un beau jour, un événement ou un autre arrive, qui pousse à la crise. On ne souvient de la crise asiatique en 1998, des crises russes, argentines ou la plus récente, bien entendu, la crise grecque, et c’est comme ça que cela c’est passé.

En l’occurrence, les signes avant-coureurs d’une crise obligataire sont tous bien là au Japon.

Outre la taille même de la dette, il faut savoir que celle-ci est largement détenue, à 95% ( !), par le public japonais, le pauvre, qui investit une fortune pour un rendement de 2% sur 30 ans.

Or, le problème est que celui-ci commence à montrer des signes de fatigue et de perte de confiance envers le gouvernement.

Quelques exemples ?

Le gouvernement japonais a de plus en plus de mal à vendre ses obligations et doit donc utiliser des « trucs de vente » de plus en plus en gros. Il y a diverses raisons à cette situation : la première est la pyramide des âges au Japon, qui est un pays avec une natalité très faible, environ 1.4 enfants pas femme, et donc une population avec un âge moyen le plus élevé du monde, avec en particulier d’ores-et-déjà 21% de la population au-dessus de l’âge de 65 ans, chiffre qui devrait passer à 40% en 2055 !!!

Bien entendu, alors qu’en plus le Japon est l’un des pays au monde avec la plus grande longévité moyenne, les personnes âgées ne travaillant plus utilisent leurs économies et n’économisent plus, ce qui veut dire qu’il n’y a plus assez de capital entrant pour remplacer le capital sortant. Les citoyens s’en rendent compte et deviennent de plus en plus réticents à acheter des obligations gouvernementales.

Bref, la pyramide Ponzi est en train de s’écrouler.

Le gouvernement fait évidemment de son mieux pour reculer l’échéance, mais comme Madoff nous l’a montré, il y a des limites à tout. L’été dernier, le gouvernement japonais s’est lancé dans une campagne publicitaire sur les taxis, utilisant l’image d’un présentateur de télévision connu et âgé, puis celle d’un acteur de cinéma. Bien entendu, cette campagne publicitaire a été un échec retentissant.

Le gouvernement japonais ne s’est toutefois pas désespéré et lance ces jours-ci une nouvelle campagne qui montre qu’il est désormais saisi de panique et comprend que le public perd confiance. D’une part, alors que les obligations japonaises sont en générales émises pour des périodes de 30 ans, il s’est mis à émettre des obligations de court terme, à échéance de 3 ans, et d’autre part, s’est lancé dans une campagne publicitaire agressive montrant des femmes sexy disant qu’elles ne sont intéressées que par des hommes sérieux et responsables, et non des « playboys ». Bref, tout cela sent le désespoir.

Il est assez clair qu’à plus ou moins court terme, peut-être dans les prochaines semaines ou les prochains mois mais surement dans les 12 à 24 mois à venir, on va voir une énorme crise obligataire au Japon, qui risque fort d’avoir des conséquences dramatiques, se traduisant par des pertes colossales pour la deuxième plus grande économie de la planète.

La valeur des retraites risque de considérablement baisser, les impôts vont devoir monter, l’Etat-social va subir des coupes sombres et de manière générale, le niveau de vie des Japonais va prendre un sérieux coup, peut-être comme on en a encore jamais vu.

Dans ces conditions, mieux vaut s’éloigner des avoirs financiers japonais, à commencer par le Yen. Prendre des positions de long-terme short JPY, peu importe l’autre devise, sauf l’euro, nous semble être une bonne idée, même si l’impossibilité de prévoir le timing implique un levier faible.

Vendre les obligations et les actions japonaises semble également sage, et peut-être même peut-on envisager de prendre des positions short sur les obligations souveraines du pays.

Rien de très réjouissant, en tout cas.


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