Press "Enter" to skip to content

Le nouveau visage des produits dérivés OTC

CDS, ABS, RMBS, toutes ces abréviations ne vous disent certainement rien et, pourtant, elles ont été à l’origine de la plus grave crise économique et financière depuis plus de soixante ans. Ces véhicules d’investissement du marché des dérivés OTC (Over-The-Counter), c’est-à-dire ne faisant pas l’objet d’une centralisation, représentent plusieurs centaines de milliers de milliards de dollars échangés.

Le marché des dérivés OTC a été créé à l’origine pour réduire le risque pris par les investisseurs et donc servir de stabilisateur pour l’ensemble de la finance mondiale. Cependant, les errements, liés en grande partie à l’innovation financière, ont montré que sans transparence et sans contrôle, le marché des dérivés OTC constitue un facteur de risque pour la stabilité mondiale et induit notamment un risque systémique beaucoup trop important, avec des retombées potentielles dramatiques pour l’économie réelle.

Les politiques l’ont compris et se sont emparés du sujet en 2009, avec le sommet du G20 de Pittsburgh, qui a mis en place les premiers fondements du nouveau marché des dérivés OTC, fondements qui ont été approfondis par la suite par le G20 de Cannes en 2011.

Quatre grandes réformes ont été lancées dans la foulée:

– la compensation centrale généralisée

– la standardisation des produits dérivés OTC

– le reporting à des registres de données

– la mise en place de garanties suffisantes pour les contrats non compensés

La crise des subprimes a, en effet, révélé que l’asymétrie d’information et les phénomènes d’anti-sélection liés ont fait peser sur l’ensemble du système financier mondial un risque de défaillance élevé. La contagion de la crise, qui a eu lieu en l’espace de seulement quelques semaines, est en grande partie imputable aux manques de données publiées. Ainsi, un participant de marché ne savait habituellement rien de l’état et du volume des échanges, ce qui a contribué à des phénomènes de panique. La mise en place de registres de données devrait ainsi permettre une bonne information de tous les acteurs du marché, évitant au passage des défaillances de liquidité.

Par ailleurs, la crise a aussi été amplifiée par l’insuffisance des fonds propre mis de côté pour faire face à un risque de contrepartie, une situation qui normalement ne devrait plus avoir lieu avec la compensation centrale généralisée.

Une meilleure circulation de l’information, une évaluation plus aisée du risque lié aux produits dérivés grâce à la standardisation, et une plus grande transparence devraient éviter une crise similaire à celle de 2007/2008 et permettre aux dérivés OTC de devenir de nouveau des facteurs de stabilité des marchés financiers.

Le processus de compensation centrale généralisée est achevée, mais des pistes d’amélioration demeurent encore, avec notamment une uniformisation nécessaire de la législation dans les différents pays. Aussi, au-delà des dérivés OTC, afin d’assurer un fonctionnement efficace des marchés financiers, le G20 va devoir ouvrir rapidement un chantier parallèle, celui du marché des prêts interbancaires dont le manque de transparence représente un risque pour l’économie.

Désastreuse en termes de coût pour les investisseurs et de coût social, la crise financière a cependant permis de comprendre la nécessité de canaliser l’innovation financière en l’encadrant et en favorisant la transparence, élément indispensable pour que les marchés financiers parviennent à fonctionner correctement.

Be First to Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *