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Les marchés et les hypothèques

Le sentiment du risque continue de baisser sur les marchés, mais on ne peut pas dire pour autant que nous soyions engagés dans une forte baisse des marchés. Pour l’instant, la tendance est négative, mais c’est surtout l’incertitude qui règne.

Sur le marché des devises, les devises dites « à risques » ont connu une semaine de baisses face à l’USD et au JPY, atteignant même pratiquement des niveaux récents les plus bas, avant de rebondir quelque peu plus tard dans la semaine. A ce stade, il semble que la peur ait vraiment besoin de croître régulièrement pour continuer à pousser ces devises vers le bas.

La situation en Roumanie est problématique suite à la décision de la Court Suprême d’interdire le plan d’austérité du gouvernement, qui incluait des mesures comme la limitation des salaires des employés du secteur public ou des pensions.

Il faut encore attendre pour avoir plus de détails, mais il est d’ores-et-déjà clair que cette décision de justice sera très déstabilisante pour les finances publiques. En passant, cela met en exergue l’ingérence du pouvoir judiciaire dans le processus de prise de décision politique et économique et les dangers de cette ingérence.

Le gouvernement roumain devra maintenant tenter de couper les déficits d’une autre manière, probablement en alourdissant la taxation, ce qui est mauvais pour la croissance du pays. De plus, le retard que prendra la Roumanie dans son plan de remise en ordre fiscal retardera l’aide du FMI lui coûtera aussi très cher.

La devise roumaine, le RON, s’est affaiblie ces derniers jours et cette tendance se poursuivra probablement ces prochains jours, influençant aussi certainement les autres devises d’Europe de l’Est.

Aux Etats-Unis, les derniers chiffres économiques n’ont pas été très encourageants et certains commentateurs, y compris la redoutable Meredith Whitney, ont encouragé l’idée que la hausse de la consommation ces derniers mois provenait d’une situation inquiétante, appelée le « défaut de paiement stratégique ».

On peut expliquer cette situation simplement de la manière suivante : quelqu’un ayant prit un prêt hypothécaire trop élevé et possédant une maison achetée trop chère et dont le prix a perdu la moitié de sa valeur se trouve de facto dans une maison avec une hypothèque valant plus chère que la valeur de la maison elle-même.

Il n’y a donc aucun intérêt pour une telle personne à payer son hypothèque, et elle arrête donc simplement de la payer, et dans l’intervalle, elle a à disposition beaucoup plus d’argent à dépenser pour d’autres choses. Cet intervalle, avant de se faire jeter dehors de la maison par la banque, peut durer parfois jusqu’à 6 mois, et permet donc au propriétaire de vivre « gratuitement » pendant six mois, en fait aux frais de la banque.

Il est évident que si Whitney a raison, les banques américaines vont faire face à une période très difficile, ce qui risque de remettre en question la reprise américaine. Fannie Mae et Freddie Mac, les deux banques

paragouvernementales américaines responsables largement de la crise financière, ont annoncé qu’elles essaieraient d’empêcher ce genre de comportement, y compris au moyen de poursuites judiciaires, mais comme ces deux institutions n’existeront probablement plus d’ici peu, ces menaces ne sont pas prises au sérieux.

Sur un autre front, mais toujours aux Etats-Unis, la réforme financière a donc été votée par les deux chambres du Congrès des Etats-Unis et n’attendent plus que la signature du Président Obama. La réforme en question limite la possibilité des banques de prendre des risques, surtout sur leur compte propre et dans le domaine des produits dérivés, en particulier dans celui des CDS. Un nouvel impôt sur les banques va aussi être mis en place.

Evidemment, ces mesures populistes vont gravement porter atteinte aux secteurs bancaire et financier américains, mais cela permettra aux politiciens américains, surtout le Président et les démocrates, de clamer « victoire » et de se faire réélire, ce qui est bien entendu le but de la manœuvre, dans un climat d’ultra-populisme anti-banques. Ce sera le public qui paiera les pots cassés, mais d’ici là, tout le monde aura oublié qui sera le responsable…

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