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“Le gouvernement doit préparer un vrai plan d’austérité”

Interview de Christopher Dembik, rédacteur en chef de Forex.fr, sur les conséquences de l’avertissement de Moody’s à la France.

La dégradation de la note française est-elle inéluctable?

Nous sommes encore très loin d’une dégradation effective de la note de la France qui est, à l’heure actuelle, rappelons-le, “Aaa” avec perspective “stable”. L’avertissement de Moody’s doit évidemment être pris au sérieux, à la fois par le gouvernement de Mr Fillon, mais aussi par les investisseurs. Il faut bien comprendre le fonctionnement d’une agence de notation. En fait, Moody’s va étudier la dette de la France, sous tous les aspects, à un moment difficile pour le pays – crise économique, crise de la dette, nécessité de recapitaliser les banques, respect des engagements du gouvernement en matière de réduction des déficits en période électorale – tout cela fait que la pression s’accentue sur la France. Moody’s s’est donnée trois mois pour confirmer ou abaisser la perspective de la France. Un abaissement signifierait aux investisseurs que l’agence va, d’ici un an, probablement dégrader la note de la France, ce qui constituera inévitablement une mauvaise nouvelle pour le prochain président.

Quelles conséquences à court terme pour la France?

Les conséquences se voient dès aujourd’hui puisque la France emprunte à un taux plus élevé depuis le communiqué de Moody’s, à 3% environ pour les taux à 10 ans, ce qui est évidemment faible par rapport à des pays comme l’Espagne, l’Italie ou encore la Belgique mais il y a désormais un écart de 1% avec l’Allemagne, l’Allemagne qui constitue désormais la seule valeur refuge au niveau des obligations européennes. A terme, d’ici à ce que Moody’s ait fait savoir son verdict, il est probable que la tension demeure sur les obligations françaises, plus fortement que pendant les mois précédents. La moindre mauvaise nouvelle sur le terrain de la crise souveraine risque désormais d’avoir plus de conséquences sur les taux français.

Faut-il s’attendre à plus de rigueur?

Oui, sans l’ombre d’un doute. Le gouvernement a évidemment affirmé qu’il respectera ses engagements en matière de déficit public mais, ce qu’il n’a pas dit, c’est que de nouvelles mesures d’austérité vont être nécessaires, vraisemblablement après l’élection présidentielle car la période actuelle ne s’y prête guère pour le gouvernement. Rappelons juste que le plan d’austérité, du moins présenté comme tel, par le gouvernement cette année était une plaisanterie par rapport à ce qu’on fait nos partenaires européens et à ce qui devrait être nécessaire pour conserver le triple “A” français. D’abord, il ne fut que de 12 milliards d’euros et surtout repose sur une taux de croissance de 1.75% pour 2011 et d’1.5% pour l’année prochaine, ce qui semble, vu le contexte actuel et les craintes de récession, très ambitieux. Le gouvernement doit préparer un vrai plan d’austérité de 20 voire 30 milliards d’euros. Nul besoin d’évoquer aussi que le gouvernement a oublié que l’austérité, sans mesures de soutien de la croissance, ça ne sert à rien pour l’économie. Mais les marges de manoeuvres sont en effet nettement moindres qu’en 2008.

Suivez notre rédacteur en chef directement sur Twitter sur son compte Dembik_Chris!

 

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