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Qu’est-ce que le “capitalisme patient”?

Le week-end dernier, alors que les médias étaient surtout focalisés sur les échéances électorales en Allemagne, l’économiste Jacques Attali a remis au président de la République, François Hollande, un rapport sur “l’économie positive” qui met en avant un “capitalisme patient”. Par cette expression, les différents experts qui ont travaillé pendant un an sur ce rapport entendent qu’il faut en finir avec le court-termisme et mieux prendre en compte le long terme. C’est justement cette incohérence temporelle qui serait à l’origine de la crise actuelle.

On ne peut nier en aucune façon que la crise des subprimes, qui met bien en évidence les opérations de transformation bancaire et leurs risques, et la crise de la dette souveraine, liée à une mauvaise gestion de la trajectoire du déficit sur la durée, sont liées à l’incohérence temporelle des décisions des responsables politiques et des agents économiques dans leur ensemble.

Ce “capitalisme patient” appelé de ces voeux par Jacques Attali a cependant peu de chances d’aboutir, malgré quelques propositions qui paraissent insuffisantes en l’état pour modifier le comportement des agents. En effet, c’est oublier que le principe de rentabilité repose sur le court terme. Nul n’est non plus sans savoir que les hommes politiques sont contraints, en démocratie, du fait des échéances électorales fréquentes, de prendre des décisions ayant des effets visibles à court terme parfois au mépris des intérêts de la population à plus long terme. L’Ecole du Public Choice, il y a déjà de nombreuses années, s’est penchée sur le sujet et a abouti peu ou prou aux mêmes conclusions que le groupe d’experts réunis sous la présidence de Jacques Attali.

Pour autant, faut-il se contenter de la domination du court terme sur le long terme?

Non, mais il sera certainement difficile de changer les habitudes, a fortiori si on maintient le principe d’élections régulières en démocratie afin de mettre en pratique le concept d’accountability des élus. Dans le domaine financier, les évolutions peuvent être plus aisées et sont déjà en marche avec, notamment, les réformes mises en oeuvre depuis 2008. Tel Bâle III. Ces réformes doivent permettre de limiter la transformation bancaire, comme la doctrine Germain l’avait fait à la fin du 19ème siècle en France après la faillite de l’Union Générale. Des avancées sont en cours mais, face à une crise qui s’insinue de plus en plus en France, et qui se transforme en crise sociale, le “capitalisme patient” semble bien incapable en l’état de répondre aux urgences actuelles. D’où le fait certainement que le rapport Attali II soit passé totalement inaperçu alors que celui de 2007 avait été abondamment commenté.
 

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