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Taxe sur les banques, une nouvelle aberration

A toute crise, une réponse politique. C’est ainsi que pourrait être brièvement résumé le mécanisme dérivant du déclenchement d’une crise. Une réponse politique passe d’abord par le discours. L’oral, la communication sont alors au premier plan. Les responsables politiques en ont fait abondamment usage en faisant de nombreuses déclarations de bonne intention.

Cependant, le discours n’est pas suffisant sur le long terme. Des actes sont demandés par les citoyens. Pêle-mêle, les gouvernements occidentaux, soit à l’échelle nationale, soit à l’échelle régionale voire internationale, ont depuis quelques mois multiplié les idées de réforme. Une fois il s’agit des traders et de leurs bonus, une autre fois des paradis fiscaux et désormais, des banques.

Au lieu de souvent s’attaquer aux réels problèmes qui ont conduit à la crise des subprimes, les gouvernements jettent en pâture quelques personnages idéalisés du monde de la finance et en profitent aussi pour régler des problèmes qui n’ont trait que de loin à la crise financière et économique de 2008. Les paradis fiscaux, aussi nuisibles puissent-il être aux yeux des gouvernements, n’ont pas un rôle déclencheur dans la crise. Certes, cette crise fut l’occasion, peut-être inespérée, de s’attaquer à ces places financières hors-la-loi mais, pour autant, le problème de la crise des subprimes reste entier.

Incapables de réellement empêcher qu’une crise similaire ne se produise à l’avenir, en dépit des efforts de régulation de part et d’autre, les gouvernements ont donc décidé de «guérir» en proposant l’idée d’une taxe sur les banques et leurs activités. Une telle idée est doublement avantageuse. D’une part, elle a pour objectif de créer un fonds spécial destiné à couvrir le coût des prochaines crises et, d’autre part, elle représente surtout une aubaine pour la classe politique qui cherche à se différencier et à faire payer le secteur bancaire, redorant au passage son blason vis-à-vis de l’opinion publique.

Cependant, une telle taxation des banques est une aberration. Une telle idée est soutenue par l’Europe, la France et le Royaume-Uni en tête, et par le FMI. Cependant, évidemment, tous ne la supportent pas. Au premier rang, les acteurs du secteur bancaire mais aussi, parmi les membres du G20, le Canada. Mieux encore, de nombreux gouverneurs se sont aussi opposés à cette idée. Jean Claude Trichet a avancé l’argument selon lequel une telle taxe pourrait fragiliser la reprise économique déjà difficile dans la zone euro. L’argument ne fait pas mouche.

Pour convaincre, mieux vaut entendre les critiques récemment formulées à New-York par le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, qui se différencie ainsi très nettement de la position officielle du gouvernement et de la ministre de l’économie Christine Lagarde. Il a en effet souligné que «la valeur ajoutée d’une taxe par rapport à la réglementation prudentielle reste à démontrer pour des pays qui, comme la France, ont tiré parti d’un cadre réglementaire et prudentiel efficace et où les interventions publiques dans le secteur financier n’ont entraîné aucun coût net pour l’État ».

Certes, dans le principe, une telle taxe est séduisante. Cependant, l’un des effets pervers d’une taxe sur les banques pourrait être d’offrir aux acteurs bancaires une sorte de «police d’assurance-renflouement » en cas de crise, partant du principe en plus que la crise proviendra du secteur bancaire. Surtout, l’affectation de la taxe à un fond de résolution des crises ne va aucunement réduire le risque inhérent à l’activité financière. Plus de régulation, ou mieux encore, une meilleure régulation est nécessaire pour éviter au maximum que les erreurs ayant conduit à la crise de 2008 ne se reproduisent.

Une clarification du débat politique est donc nécessaire et aussi une prise de recul de la part des responsables étatiques vis-à-vis de cette question. Parmi les solutions alternatives proposées, Christian Noyer a notamment envisagé d’ «étendre le mandat des mécanismes nationaux de garantie des dépôts » en leur donnant «la possibilité d’intervenir précocement ». Une solution à prendre en considération avant d’envisager la création d’un énième fonds.

 

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