Terres rares: L’option « nucléaire » de Pékin pour porter un coup dur aux USA

Investing.com – Lorsque l’on réfléchit aux mesures de rétorsion que la Chine pourrait appliquer dans le cadre de sa guerre commerciale avec les Etats-Unis, on pense évidemment aux tarifs douaniers, mais cette réponse a ses limites, puisque la Chine importe bien moins de produits US que les Etats-Unis n’importante de produits chinois.

Certains évoquent la possibilité que la Chine, premier acheteur étranger de dette US, puisse se débarrasser d’une partie des bons du Trésor qu’elle détient, mais cela pourrait se révéler tout aussi dommageable pour alle-même que pour les Etats-Unis.

Et le raisonnement est plus ou moins le même en ce qui concerrne une dévaluation éventuelle du Yuan.

Il existe cependant pour la Chine un autre moyen de porter un coup dur stratégique aux Etats-Unis : Limiter ses exportations de « terres rares », des matières premières indispensables à certaines industries, et pour lesquelles la Chine est le premier producteur mondial.

Cette option a d’ailleurs gagné en crédibilité cette semaine, après que le président chinois Xi Jinping ait visité une usine de production.

Cette visite a en effet été considérée par Yang Kunhe, analyste chez Pacific Securities Co comme « un signal d’avertissement aux États-Unis, selon lequel la Chine pourrait utiliser les terres rares comme mesure de représailles alors que la guerre commerciale s’intensifie ».

Et preuve que cette option pourrait effectivement porter un coup dur aux Etats-Unis, un rapport de l’ U.S. Geological Survey a désigné l’année dernière 35 minéraux comme critiques pour l’économie US et la défense nationale, soulignant la dépendance du pays aux importations pour plus de la moitié d’entre eux.

Faisons le point sur ce que sont les terres rares et en quoi elles sont indispensables, ainsi que sur la façon dont la Chine pourrait utiliser sa domination de la production de terres rares dans le cadre de la guerre commerciale.

Les terres rares sont un groupe de 17 éléments du tableau périodique : cérium (Ce), dysprosium (Dy), erbium (Er), erbium (Er), europium (Eu), gadolinium (Gd), holmium (Ho), lanthane (La), lutétium (Lu), néodyme (Nd), praséodyme (Pr), promethium (Pm), samarium (Sm), scandium (Sc), terbium (Tb), thulium (Tm), ytterbium (Yb) et yttrium (Y).

Les terres rares sont dites « rares » parce qu’elles existent généralement dans la nature sous forme de composés fondus avec d’autres métaux. Le raffinage et l’extraction en quantités commercialement viables sont des activités coûteuses, surtout dans les juridictions qui ont des normes strictes en matière d’environnement, puisque cette activité est également particulièrement polluante.

L’industrie du verre est l’un des plus gros consommateurs de terres rares, où les composés sont utilisés pour le polissage et comme additifs pour donner de la couleur ou ajouter des propriétés optiques spéciales.

Les aimants utilisés dans les disques durs, les moteurs miniatures, les haut-parleurs et les écouteurs, les haut-parleurs des smartphones, les turbines électriques et les générateurs sont aussi de gros consommateurs de terres rares.

Les tubes cathodiques et les écrans plats sont également concernés au premier plan par les terres rares.

Mais surtout, on notera que le système de défense antiaérienne antimissile Patriot de Raytheon utilise des circulateurs à radiofréquence pour contrôler magnétiquement le flux des signaux électroniques dans les radars et les missiles. Les terres rares sont ici aussi largement utilisées, en lien direct avec le délicat sujet de la sécurité nationale US…

Pour résumer, de très nombreuses industries stratégiques sont concernées par la consommation de terres rares.

Des gisements de terres rares existent en Chine, en Californie, en Australie, au Brésil, au Burundi, en Inde, en Malaisie, au Myanmar, en Russie, en Thaïlande et au Vietnam, avec des réserves mondiales estimées à 120 millions de tonnes.

Les États-Unis ont été le plus grand producteur mondial de terres rares pendant des décennies, jusqu’aux années 1980. Depuis que le gouvernement chinois a entrepris un effort concerté pour exploiter les réserves de terres rares du pays, la Chine a représenté plus de 90 % de la production mondiale, selon le US Geological Survey.

L’an dernier, la Chine a extrait environ 120 000 tonnes d’éléments des terres rares, soit environ 71 % de la production mondiale, à la suite d’une augmentation de la production aux États-Unis, selon le Geological Survey.

La mine de Mountain Pass en Californie est le seul producteur américain de terres rares. Elle a fermé ses portes en 2015 après la faillite de son opérateur et a été vendue à un consortium américain soutenu par la société chinoise Shenghe Resources Holding deux ans plus tard. Elle a repris sa production l’an dernier et expédie sa production en Chine pour raffinage.

La Chine est aussi, et de loin, le plus gros exportateur vers les États-Unis, avec 59 % des 155 millions de dollars américains en terres rares que les États-Unis ont importés l’an dernier, selon les données de la Commission américaine du commerce international.

En 2010, une querelle diplomatique a éclaté après qu’un chalutier de pêche chinois eut heurté des patrouilleurs des garde-côtes japonais près de l’île contestée de Diaoyu, connue sous le nom de Senkaku au Japon.

La Chine a réduit dans le cadre de ce conflit le quota d’exportation de terres rares, dont dépendent les constructeurs automobiles japonais comme Toyota (T:7203) et les fabricants de batteries comme l’unité Panasonic (T:6752) de Matsushita Electric pour leurs véhicules et batteries électriques.

Il existe donc un précédent côté chinois en ce qui concerne l’utilisation de restriction sur les terres rares comme outil de pression et mesure de rétorsion.

Il n’est donc pas exclu que la Chine en vienne à utiliser cette option stratégique face aux Etats-Unis, et l’industrie US n’est clairement pas prête à se passer des terres rares chinoises…

L’activité d’extraction de terres rares est couteuse, difficile et dangereuse, et pose de gros problèmes environnementaux compte tenu des déchets radioactifs et chimiques produits.

Il y a donc peu de chances que les Etats-Unis parviennent à développer des circuit d’approvisionnement alternatifs, ou se mettent à produire localement à temps pour éviter toute interruption d’approvisionnement si la Chine décide de ne plus exporter ses terres rares vers les USA à court terme.

Dans ce cas, la guerre commerciale pourrait prendre une toute autre tournure, et la colère de Trump monter à un tout autre niveau…

En effet l’utilisation des terres rares dans l’industrie de la défense US fait d’une potentielle limitation des exports chinois un problème stratégique, qui pourrait définitivement jouer un rôle dans les négociations commerciales entre les deux plus grandes puissances économiques de la planète.

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