La bataille autour du FMI consacre l’avènement d’un monde nouveau

Edito2
En découvrant Cuba en octobre 1492, Christophe Colomb et ses contemporains ne pouvaient en aucun cas imaginer que ce nouveau monde, tel qu’il fut connu à l’époque, allait, plus de 500 ans plus tard, devenir le nouveau centre du monde.

Au cours des 40 dernières années, le monde a considérablement évolué et aussi notre compréhension des relations internationales. Pendant que tout un chacun s’évertuait à comprendre les enjeux internationaux via le prisme des relations Est/Ouest, un troisième monde était en train d’émerger, à l’écart des conflits idéologiques qui ont marqué les décennies d’après-guerre.

Ces nouveaux « tigres » sont entrés sur le devant de la scène à l’éclatement du bloc soviétique. En plaidant pour un monde multipolaire, les présidents Bush et Clinton n’ont fait qu’acter une réalité existante depuis longtemps.

Chine, Brésil, Mexique, Afrique du Sud, Singapour, Pologne et bien d’autres ont émergé sur la scène mondiale, en tant qu’acteurs majeurs, depuis les années 90. Forts de leur succès économique, ces pays prétendent, désormais, et à juste titre, occuper au coeur des relations internationales le rôle qui leur revient de droit.

Il y a deux ans, en ouverture de son cours séminaire à Sciences-Po, l’ancien ministre Hubert Védrine n’hésitait pas à affirmer que nous sommes en train d’assister à une translation du pouvoir des Etats-Unis et des pays européens, vers l’Asie et l’Amérique latine, translation qui a été clairement mise en évidence par la crise financière et économique mondiale de 2008. Un choc souvent pour de futurs énarques ou hauts responsables qui aiment croire encore en la puissance de la France, voire en celle de l’Europe.

L’actuelle course à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI, bien qu’elle se fasse de manière courtoise jusqu’à présent, est devenue le terrain d’expression des pays émergents, de ce troisième monde, qui réclame enfin de prendre part pleinement aux responsabilités internationales.

Chine, Brésil, Mexique ont clairement plaidé en faveur de l’abolition de cette chasse gardée européenne anachronique qui date de la fin de la Seconde Guerre Mondiale et du partage du monde entre américains et européens à Yalta. Le Mexique a même avancé ses pions en proposant officiellement la candidature du banquier central Carstens. Le Brésil, plus conciliant pour l’instant, pourrait ne pas pousser davantage la candidature de l’ancien gouverneur de la banque centrale, Fraga.

Conscients de leur fragilité, les pays européens ont décidé de taire leurs veilléités afin de promouvoir une candidature unique à la tête du FMI, vraisemblablement celle de Madame Christine Lagarde qui possède un profil qui plait aux américains ce qui pourrait assurer aux européens de conserver la tête de l’organisation internationale, au moins encore pour quelques années.

Madame Christine Lagarde a, incontestablement, le profil pour prétendre occuper les rênes du Fonds Monétaire International. L’Affaire Tapie ne devrait, sans nul doute, en aucune façon devenir un handicap pour sa candidature, quand bien même elle aurait effectivement favorisé une solution favorable à l’homme d’affaires au détriment des intérêts supérieurs de l’Etat . La Justice française n’est pas la Justice américaine.

Cependant, Madame Lagarde n’a pas le mérite d’un Fraga ou encore d’un Balcerowicz. Elle n’a pas eu à gérer une situation économique et monétaire catastrophique, en l’occurrence, pour le premier une dévaluation massive du real et, pour le deuxième, une hyperinflation liée à la chute de l’URSS.

Elle n’a pas non plus le bilan de ces deux hommes qui sont parvenus, avec beaucoup d’engagement, à remettre l’économie de leur pays sur de bons rails. Madame Lagarde, bien qu’elle ait réussi à organiser des rendez-vous importants entre les responsables internationaux, via le G8 ou le G20 par exemple, n’a pas, clairement, réussi à relever l’économie française, c’est à dire à comprendre les vrais enjeux liés à ses fonctions actuelles. Soit moderniser l’économie française, l’orienter vers la R&D et l’innovation afin de faire baisser réellement le chômage et de préparer le terrain pour les générations futures.

Par Christopher Dembik, diplômé de Sciences-Po Paris 2010

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